Beaucoup de conversations échouent sur une confusion : celui qui écoute croit s'engager, celui qui parle croit être contredit. Ce sont deux opérations séparables.
La revue
Comprendre les émotions, les siennes comprises
Beaucoup de ce que nous attribuons à notre caractère, à la personne en face ou à la situation appartient en réalité à un état antérieur qui n'a rien à voir.
Trois cerveaux empilés par l'évolution, l'archaïque, l'émotionnel et le rationnel : le modèle est enseigné partout et abandonné par les neurosciences depuis longtemps.
L'épisode est fréquent, la gêne qu'il produit aussi. Ce que cette gêne révèle tient moins aux larmes qu'à une frontière que le travail a déplacée sans le dire.
Comprendre ce que traverse l'autre et l'éprouver avec lui sont deux opérations distinctes. L'une soutient l'action, l'autre épuise.
On prête à ceux qui ne montrent rien de ne rien éprouver. Les mesures physiologiques racontent souvent l'inverse.
Un questionnaire n'observe rien : il enregistre une description de soi. Cela borne ce qu'on peut en conclure, et cela ne le rend pas inutile.
Ce qu'il convient de montrer, à qui et où, n'a rien d'universel ni de stable. Les historiens en suivent les déplacements depuis le Moyen Âge.
Une absence de réponse ne contient aucune information sur sa cause. Nous en produisons une pourtant, immédiatement, et presque toujours à notre désavantage.
Chez certains, il n'y a presque rien ; chez d'autres, un intervalle. Cet écart n'est pas une qualité morale, c'est une caractéristique de fonctionnement dont les deux bouts servent.
L'intelligence émotionnelle expliquerait 80 % de la réussite professionnelle, le quotient intellectuel 20 %. Ce partage ne provient d'aucune étude.
Ne rien laisser paraître réduit ce qui se voit, pas ce qui est ressenti. Une série d'expériences menées à partir de 1998 a mesuré ce que cette opération coûte.
Dans une part croissante des emplois, produire un état affectif fait partie de la tâche. Une sociologue a nommé cela en 1983, et la recherche mesure depuis ce que cela coûte.
Le sigle circule depuis 1995 et suggère l'existence d'une mesure comparable au quotient intellectuel. Aucun instrument sérieux ne produit rien de tel.
L'idée que six émotions se lisent sur tous les visages du monde a dominé cinquante ans. Une synthèse publiée en 2019 a montré que la correspondance est bien plus lâche.