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Travaux et méthodes

Le cerveau reptilien n'existe pas

Trois cerveaux empilés par l'évolution, l'archaïque, l'émotionnel et le rationnel : le modèle est enseigné partout et abandonné par les neurosciences depuis longtemps.

Par V. Lasserre, Psychométrie et validité des mesuresPublié le 2 min

D'où vient le schéma

Le neuroscientifique Paul MacLean propose au milieu du XXe siècle un modèle dit du cerveau triunique : un noyau reptilien responsable des automatismes de survie, un cerveau limbique responsable des émotions, un néocortex responsable du raisonnement, superposés comme trois couches successives de l'évolution.

Le modèle a connu un succès immense, parce qu'il est visuel, mémorisable, et qu'il fournit une explication immédiate à l'expérience banale du conflit intérieur. Il est passé des manuels aux formations en entreprise, où il circule encore.

Pourquoi il est abandonné

L'anatomie comparée le contredit sur son point central. Les reptiles et les oiseaux possèdent des structures homologues au cortex des mammifères ; l'évolution du cerveau ne procède pas par ajout de couches sur un noyau conservé, mais par réorganisation et changement d'échelle de structures présentes de longue date.

La notion même de système limbique, dont MacLean a diffusé le nom, est jugée mal délimitée : la liste des structures qu'on y range n'a jamais été stable et aucun critère anatomique ou fonctionnel ne permet de la fixer. Plusieurs chercheurs, dont Joseph LeDoux, ont proposé d'abandonner le terme.

Aucune région par émotion

L'idée d'un étage émotionnel supposerait que les émotions se localisent. Une méta-analyse publiée en 2012 par Kristen Lindquist, Lisa Feldman Barrett et leurs collègues a rassemblé les études d'imagerie disponibles et cherché une signature cérébrale propre à chaque émotion de base. Elle n'en trouve pas.

Les régions impliquées sont largement communes d'une émotion à l'autre, et participent aussi à des fonctions qui n'ont rien d'émotionnel. Nos catégories de langue ne découpent pas le cerveau, ce qui est une contrainte forte pour toute théorie qui voudrait les tenir pour des programmes séparés.

Le cas de l'amygdale

La structure la plus citée du domaine illustre le même écart entre la recherche et sa vulgarisation. Les travaux de Joseph LeDoux sur le conditionnement de peur chez le rat ont établi son rôle dans la détection des menaces, et il passe depuis vingt ans à corriger la lecture qu'on en a faite.

Sa position actuelle distingue les circuits de survie, non conscients et partagés avec d'autres espèces, du sentiment de peur, qui suppose des circuits corticaux et une expérience subjective. Il va jusqu'à écrire que parler de circuit de la peur a été une erreur de vocabulaire aux conséquences durables.

Pourquoi le schéma survit

Un modèle faux mais simple résiste mieux qu'un modèle juste et compliqué, surtout quand il sert à justifier une pratique : expliquer une réaction par un cerveau archaïque dispense d'examiner la situation qui l'a produite.

L'exigence minimale, pour qui parle du cerveau dans un support de formation, tient en une question : la source citée est-elle une publication de neurosciences des vingt dernières années, ou une reprise de la reprise d'un schéma des années soixante ?

À retenir

L'évolution du cerveau ne procède pas par empilement de couches : les reptiles ne sont pas dépourvus de structures corticales.

Aucune émotion nommée dans notre langue ne correspond à une région cérébrale unique et exclusive.

L'amygdale traite la détection des menaces ; elle n'est pas le siège du sentiment de peur.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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