Le mot a été forgé à la fin du XVIIe siècle par un médecin pour désigner un mal jugé grave. Il désigne aujourd'hui un état ordinaire, que la recherche décrit comme plutôt doux.
La revue
Comprendre les émotions, les siennes comprises
Au travail, à l'école, en ligne : ce que les institutions attendent de nos états.
Nous sommes réellement émus par des personnages dont nous savons parfaitement qu'ils n'ont jamais existé. Le problème a un nom, et il n'est pas résolu.
Traumatisme, toxique, emprise, charge mentale : des termes issus de la clinique circulent désormais dans la conversation ordinaire. Le gain est réel, le coût aussi.
Elle est jugée déplacée presque partout, et pourtant elle a longtemps été un instrument reconnu de la vie politique et judiciaire. Ce qui a changé, ce n'est pas l'émotion.
L'écrit numérique a perdu la prosodie et fabriqué en trente ans un système de substitution. Il fonctionne, imparfaitement, et il produit ses propres malentendus.
Sous le nom de compétences psychosociales, les programmes scolaires se sont saisis d'un objet qui n'y avait pas de place il y a trente ans. Les évaluations disponibles sont encourageantes et limitées.
Des logiciels annoncent l'état affectif d'un client, d'un conducteur ou d'un candidat à partir d'une vidéo. Le règlement européen adopté en 2024 en interdit une partie des usages.
Aucune langue ne dispose d'un vocabulaire complet des états affectifs. Ce qu'elle nomme d'un mot court indique ce que la société qui la parle juge important.
L'épisode est fréquent, la gêne qu'il produit aussi. Ce que cette gêne révèle tient moins aux larmes qu'à une frontière que le travail a déplacée sans le dire.
Ce qu'il convient de montrer, à qui et où, n'a rien d'universel ni de stable. Les historiens en suivent les déplacements depuis le Moyen Âge.
Dans une part croissante des emplois, produire un état affectif fait partie de la tâche. Une sociologue a nommé cela en 1983, et la recherche mesure depuis ce que cela coûte.