Civix Institute
Retour à la revue
Travaux et méthodes

Il n'y a pas de quotient émotionnel

Le sigle circule depuis 1995 et suggère l'existence d'une mesure comparable au quotient intellectuel. Aucun instrument sérieux ne produit rien de tel.

Par V. Lasserre, Psychométrie et validité des mesuresPublié le 2 min

D'où vient le sigle

L'expression intelligence émotionnelle apparaît dans la littérature scientifique en 1990, sous la plume de Peter Salovey et John Mayer. Elle désigne alors un ensemble de quatre aptitudes : percevoir les émotions, les utiliser, les comprendre, les réguler.

Le sigle QE, lui, naît de la vulgarisation qui suit la parution en 1995 du livre de Daniel Goleman, et de la couverture de magazine qui l'accompagne. Sa forme imite volontairement celle du quotient intellectuel, et cette imitation contient la promesse d'une mesure de même nature.

Ce qu'est un quotient

Un quotient intellectuel est un score standardisé sur une population de référence, doté d'une moyenne et d'un écart-type conventionnels, obtenu par des épreuves à réponses correctes, et accompagné d'une marge d'erreur connue. Chacune de ces conditions a demandé des décennies de travail psychométrique.

Les instruments d'intelligence émotionnelle les plus vendus ne remplissent pas ces conditions. La plupart sont des questionnaires déclaratifs, sans réponse correcte, normés sur des échantillons rarement décrits, et agrègent des dimensions qui ne varient pas ensemble.

Deux objets sous un même mot

La littérature distingue depuis le début des années 2000, à la suite de Konstantinos Petrides et Adrian Furnham, l'intelligence émotionnelle comme aptitude et comme trait. La première se mesure par des épreuves de performance, la seconde par auto-déclaration.

Les corrélations entre les deux familles d'instruments sont faibles, généralement inférieures à 0,30. Une personne peut se juger très à l'aise et obtenir un score médiocre à l'épreuve, et inversement. Deux tests portant le même nom peuvent donc classer les mêmes personnes dans un ordre presque différent.

Additionner ce qui ne s'additionne pas

Le problème le plus concret est celui du score unique. Additionner la capacité à percevoir, celle à contenir et la disposition à dire ce qui ne convient pas suppose que ces trois choses aillent dans le même sens et qu'un total élevé vaille mieux qu'un total bas.

Or les données ne montrent rien de tel. Une personne très perceptive et peu affirmée, une personne peu perceptive et très posée obtiendraient des totaux voisins en fonctionnant de manière opposée. Le nombre gomme exactement ce qui était intéressant.

Ce qu'on peut mesurer honnêtement

Il reste possible, et utile, de décrire des positions sur des dimensions séparées, en disant de quoi elles proviennent, sur quel échantillon elles sont rapportées, et avec quelle marge. C'est plus modeste qu'un chiffre unique, et cela ne prête pas à une lecture en niveau.

C'est le parti retenu par le profil émotionnel de cette maison : six dimensions, aucun total, aucun rang général. Un axe dont les deux extrémités décrivent des fonctionnements n'a pas de haut et de bas, et il serait malhonnête de faire semblant du contraire pour produire un score plus vendeur.

À retenir

Le sigle QE vient de la vulgarisation de 1995, pas de la littérature scientifique.

Les mesures d'aptitude et les mesures déclaratives corrèlent faiblement : deux tests homonymes classent différemment.

Un score global suppose qu'un bout de chaque échelle vaut mieux que l'autre, ce que les données ne soutiennent pas.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →