Se sentir poussé vers une opinion suffit parfois à s'en éloigner. Le mécanisme a été décrit dans les années 1960, et il pèse sur toute tentative de persuasion.
La revue
Comprendre les convictions, la sienne comprise
Ce que notre fonctionnement mental fait à nos convictions.
Nous avons souvent le sentiment de comprendre une politique publique, jusqu'au moment où l'on nous demande d'en expliquer le fonctionnement. Cet écart a été mesuré, et il touche les opinions elles-mêmes.
Nous cherchons spontanément ce qui confirme ce que nous pensons déjà, et nous examinons de plus près ce qui nous contredit. Ce n’est pas de la mauvaise foi : c’est un fonctionnement par défaut, observable là même où l’on n’a rien à défendre.
Nous ne formons pas nos convictions seuls dans une pièce vide. Savoir qui les partage modifie ce que nous pensons, et plus encore ce que nous acceptons de dire.
Réviser une position n'est pas seulement un travail intellectuel. C'est une opération inconfortable, dont le mécanisme est documenté depuis les années 1950.
Nous surestimons régulièrement la proportion de gens qui partagent nos positions. Cette erreur d'estimation a des effets concrets sur la façon dont nous débattons.
Les émotions ne sont pas des parasites qui viendraient troubler un raisonnement autrement propre. Elles orientent l'attention, et chacune l'orient différemment.
Quand nous nous trompons, les circonstances l'expliquent. Quand un autre se trompe, c'est ce qu'il est qui l'explique. Cette asymétrie a un nom et des effets politiques directs.
Une expérience célèbre a montré qu'une majorité manifestement dans l'erreur pouvait faire changer une réponse pourtant évidente. Le résultat n'est pas anecdotique pour le débat public.
Nous nous racontons volontiers comme des personnes cohérentes qui appliquent des principes. Les travaux sur l'introspection suggèrent que l'ordre est souvent inverse.
L'idée qu'un argument contraire renforcerait toujours les convictions est très répandue. Les travaux récents la contredisent en partie, et c'est plutôt une bonne nouvelle.
Certaines questions provoquent une résistance immédiate : on voudrait répondre les deux, ou refuser de répondre. Cette réaction est une information, pas un défaut du questionnaire.