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Psychologie

L’effet de faux consensus : croire que tout le monde pense comme vous

Nous surestimons régulièrement la proportion de gens qui partagent nos positions. Cette erreur d'estimation a des effets concrets sur la façon dont nous débattons.

Par S. Nguyen, Histoire des idées politiquesPublié le Mis à jour le 3 min

Un biais d'estimation, pas de conviction

Les travaux de Lee Ross et de ses collègues, à la fin des années 1970, ont mis en évidence une tendance robuste : interrogées sur la proportion de personnes partageant leur choix, les personnes l'estiment plus élevée qu'elle ne l'est, et cela quel que soit le choix qu'elles ont fait.

Il ne s'agit donc pas d'arrogance ni d'un défaut de caractère. L'explication la plus simple est disponible : nous estimons une population à partir de l'échantillon que nous connaissons, et cet échantillon est composé de personnes qui nous ressemblent davantage que la moyenne.

Le biais est d'ailleurs plus fort sur les questions où nous avons une position forte, et plus faible sur celles qui nous indiffèrent. Il croît donc précisément là où il fait le plus de dégâts.

Ce que le biais produit dans le débat

Si l'on croit sa position largement partagée, on en conclut qu'elle est évidente, et qu'il faut donc une raison particulière pour ne pas y adhérer. Cette raison particulière prend vite la forme d'une intention douteuse ou d'un défaut d'information chez l'autre, ce qui ferme la discussion avant qu'elle ne commence.

Le biais produit aussi de la surprise, parfois massive, lors des résultats électoraux ou des enquêtes d'opinion. La surprise est proportionnelle à l'homogénéité de l'entourage, ce qui en fait un indicateur utile : plus un résultat vous étonne, plus il renseigne sur la composition de votre échantillon personnel.

Il alimente enfin une erreur stratégique fréquente : croire qu'il suffit de mobiliser pour gagner, puisque la majorité serait déjà acquise. Les campagnes construites sur cette croyance négligent la persuasion, qui est précisément ce dont elles auraient besoin.

Le versant inverse, moins connu

Il arrive aussi que l'on sous-estime le soutien à sa propre position, généralement quand on la sait mal vue dans son entourage immédiat. Cette sous-estimation est une autre façon de confondre son cercle et la population.

Ses effets sont différents et parfois plus lourds : elle conduit à taire une opinion pourtant partagée, ce qui la rend encore moins visible, et alimente ainsi sa propre disparition apparente. Les travaux sur le silence des majorités supposées minoritaires décrivent ce cercle.

Un correctif simple

Avant de consulter un résultat d'enquête, écrivez votre estimation. L'écart entre votre chiffre et le chiffre observé est une mesure directe de la distorsion de votre échantillon, et cette mesure est plus instructive que le résultat lui-même.

L'exercice a un mérite supplémentaire : il fonctionne dans les deux sens et se répète. Au bout de quelques essais, on apprend sur quels sujets on se trompe systématiquement, ce qui est une information rare et personnelle.

Ce que cela change pour lire un sondage

Un sondage bien lu est le meilleur remède connu à ce biais : il est l'un des rares moyens de savoir ce que pense une population plutôt que ce qu'en dit l'entourage. C'est aussi pourquoi les résultats qui contredisent notre intuition méritent plus d'attention que ceux qui la confirment.

La règle pratique est simple. Un chiffre qui vous surprend doit d'abord être vérifié dans sa formulation, puis, s'il tient, être pris au sérieux comme une information sur votre propre position dans la population.

À retenir

Nous surestimons la part des personnes qui partagent nos positions, quelles qu'elles soient, et d'autant plus qu'elles nous tiennent à cœur.

L'explication tient à la composition de notre entourage, pas à un défaut de caractère.

Le versant inverse existe : sous-estimer un soutien réel conduit à taire une opinion, donc à la rendre invisible.

Estimer par écrit avant de regarder les chiffres mesure directement cette distorsion.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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