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Psychologie

La cohérence que l’on s’attribue, celle que l’on a vraiment

Nous nous racontons volontiers comme des personnes cohérentes qui appliquent des principes. Les travaux sur l'introspection suggèrent que l'ordre est souvent inverse.

Par L. Fabre, Psychologie des opinionsPublié le Mis à jour le 3 min

L'explication vient parfois après la position

Plusieurs travaux de psychologie expérimentale ont montré que les personnes justifient avec assurance des choix qu'elles n'ont pas faits, lorsqu'on leur fait croire qu'elles les ont faits. Ce résultat, obtenu sur des préférences simples, indique que la production de raisons est en partie indépendante de la décision qu'elle prétend expliquer.

Cela ne signifie pas que nos raisons sont fausses ni que nos principes sont des façades. Cela signifie que le sentiment d'avoir raisonné n'est pas une preuve d'avoir raisonné, et que la cohérence ressentie est un mauvais indicateur de la cohérence effective.

Le phénomène a une utilité : produire des raisons permet de communiquer, de convaincre, de coordonner. Ce qui pose problème n'est pas la production de raisons, c'est de la prendre pour le récit fidèle de ce qui s'est passé en nous.

Ce que la mesure montre

Sur un questionnaire multidimensionnel, la plupart des personnes découvrent au moins une tension : une exigence forte sur un axe qui devrait, en principe, se traduire ailleurs, et qui ne s'y traduit pas. Ces tensions sont la règle plutôt que l'exception, y compris chez des personnes très informées.

Elles s'expliquent simplement. Nos positions se sont formées à des moments différents, sur des sujets différents, avec des informations différentes, et rien n'a jamais obligé l'ensemble à s'harmoniser. Une opinion n'est pas déduite d'un système, elle est accumulée.

Cohérence logique et cohérence de valeurs

Il faut distinguer deux exigences souvent confondues. La cohérence logique interdit de soutenir une proposition et son contraire. La cohérence de valeurs voudrait que toutes les positions découlent d'un même principe : c'est une exigence beaucoup plus forte, et personne ne la satisfait.

Les reproches d'incohérence portent presque toujours sur la seconde, alors qu'ils empruntent l'autorité de la première. Repérer ce glissement suffit à désamorcer une bonne partie des accusations de contradiction dans le débat public.

Que faire d'une tension repérée

La première tentation est de la faire disparaître en révisant la position la moins investie, ce qui produit une cohérence de façade. La seconde est de la déclarer inexistante, ce qui la laisse intacte. La voie utile est plus modeste : examiner si les deux positions portent réellement sur des situations comparables, car une différence de situation peut suffire à lever la tension apparente.

Quand la tension résiste à cet examen, elle mérite d'être conservée telle quelle. Une position tenue en connaissance de sa tension avec une autre est plus solide qu'un système lissé dont les arêtes ont été rabotées pour la démonstration.

Pourquoi cela rend un profil intéressant

Un profil parfaitement cohérent, où toutes les dimensions pointent dans la même direction, est soit le signe d'une pensée très systématique, soit celui d'une réponse rapide alignée sur une identité. Les deux existent, et la seconde est plus fréquente.

Les profils les plus instructifs sont ceux qui comportent une ou deux discordances. Ce sont elles qui indiquent où la personne a réellement arbitré, plutôt que suivi.

À retenir

Le sentiment d'avoir raisonné n'est pas la preuve d'avoir raisonné : les raisons se produisent parfois après.

Des tensions entre positions sont la règle, parce que les opinions s'accumulent au lieu d'être déduites.

Les accusations d'incohérence confondent cohérence logique et cohérence de valeurs, que personne ne satisfait.

Un profil sans aucune discordance signale souvent une réponse alignée sur une identité.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

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