Civix Institute
Retour à la revue
Psychologie

Ce que révèle votre malaise devant une question qui vous force à choisir

Certaines questions provoquent une résistance immédiate : on voudrait répondre les deux, ou refuser de répondre. Cette réaction est une information, pas un défaut du questionnaire.

Par E. Rossi, Débat public et argumentationPublié le Mis à jour le 2 min

Le conflit de valeurs à l'état pur

Le malaise apparaît le plus souvent quand une question met en concurrence deux choses auxquelles on tient réellement, et qu'aucune hiérarchie préétablie ne permet de trancher. Ce n'est pas de l'indécision : c'est la découverte, en direct, qu'un arbitrage n'avait jamais été fait.

La plupart de nos positions n'ont jamais eu à être arbitrées, parce que les situations réelles où deux valeurs s'opposent frontalement sont rares. Un questionnaire les fabrique volontairement, ce qui est inconfortable et précisément son intérêt.

Trois raisons distinctes de résister

La première est le conflit de valeurs décrit plus haut. La deuxième est le refus du cadre : la question suppose une alternative que vous jugez fausse, et répondre reviendrait à l'accepter. La troisième est le coût de l'aveu : la réponse qui correspond à votre position vous met mal à l'aise parce qu'elle contredit l'image que vous avez de vous.

Ces trois résistances se ressemblent de l'intérieur mais n'ont pas le même sens. La première signale une position à construire, la deuxième un désaccord avec la formulation, la troisième une tension entre position et image de soi, qui est souvent la plus intéressante à examiner.

Le cas particulier des questions taboues

Certaines mises en balance sont ressenties comme illégitimes en elles-mêmes, indépendamment de la réponse : mettre un prix sur une vie, comparer deux torts, arbitrer entre deux devoirs. Les travaux sur les valeurs sacrées observent que la simple invitation à trancher provoque un rejet, parfois une colère.

Ce rejet est significatif. Il indique une valeur que la personne refuse de traiter comme échangeable, et c'est une information forte sur sa structure de convictions, plus forte que n'importe quelle réponse graduée.

Comment s'en servir

Notez les deux ou trois questions qui vous ont le plus gêné, et reprenez-les à froid. Demandez-vous ce que vous répondriez si la situation se présentait réellement, avec des conséquences, ce qui n'est pas la même chose que ce que vous répondriez en principe.

L'écart entre les deux réponses est la partie la plus utile de tout l'exercice. Il indique où votre position déclarée et votre position effective ne coïncident pas encore, et c'est un endroit sur lequel personne ne peut réfléchir à votre place.

Ce que cela dit du questionnaire lui-même

Un questionnaire qui ne provoque aucun malaise ne mesure probablement rien : il ne met en concurrence aucune valeur, et ses items se répondent sans effort. À l'inverse, un questionnaire qui provoque un malaise permanent est mal écrit, ou pose des questions dont les termes sont mal choisis.

Le bon dosage est celui où deux ou trois questions accrochent. Ce sont elles qui produisent le peu de connaissance de soi qu'un test peut légitimement apporter.

À retenir

Le malaise signale souvent un arbitrage entre deux valeurs auxquelles vous tenez, jamais tranché auparavant.

Trois résistances se confondent : conflit de valeurs, refus du cadre, tension avec l'image de soi.

Le rejet d'une mise en balance ressentie comme illégitime révèle une valeur tenue pour non échangeable.

Un questionnaire qui n'accroche jamais ne mesure probablement rien.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →