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Chiffres du travail

Pourquoi le taux d'emploi est plus informatif que le taux de chômage

Le second est un rapport dont le dénominateur bouge. Le premier rapporte l'emploi à la population, ce qui le rend moins sensible aux mouvements d'inactivité.

Par N. Ferreira, Statistiques du travailPublié le 2 min

Deux rapports différents

Le taux de chômage rapporte les chômeurs à la population active, c'est-à-dire aux personnes en emploi ou au chômage. Le taux d'emploi rapporte les personnes en emploi à l'ensemble de la population d'âge correspondant.

Le dénominateur du premier varie avec les entrées et sorties d'activité, ce qui produit des mouvements du taux qui ne reflètent aucun changement de l'emploi.

Être compté comme chômeur suppose en outre de remplir trois conditions fixées par le Bureau international du travail : être sans emploi, disponible rapidement et en recherche active. Une personne qui ne remplit pas l'une d'elles bascule dans l'inactivité, même si elle souhaite travailler.

Le cas classique

Lorsque des personnes cessent de rechercher un emploi, elles sortent de la population active. Le nombre de chômeurs baisse, le dénominateur baisse aussi, et le taux de chômage baisse sans qu'aucun emploi ait été créé. Le phénomène est connu sous le nom d'effet de découragement.

Le taux d'emploi, lui, ne bouge pas dans cette situation, puisque ni le numérateur ni le dénominateur n'ont changé. C'est l'argument principal en faveur de son usage conjoint. Le mouvement inverse existe aussi : une reprise peut faire monter temporairement le taux de chômage en ramenant vers la recherche d'emploi des personnes qui l'avaient abandonnée.

Les limites du taux d'emploi

Il ne distingue pas les temps complets des temps partiels ni les emplois stables des emplois courts. Un pays peut afficher un taux d'emploi élevé avec une part importante de temps partiels subis. Il suffit en effet d'avoir travaillé au moins une heure pendant la semaine de référence pour être compté en emploi.

Les organismes statistiques publient donc également un taux d'emploi en équivalent temps plein et des indicateurs de sous-emploi, qui complètent la lecture.

Le rôle des bornes d'âge

Les taux publiés portent le plus souvent sur les quinze à soixante-quatre ans ou sur les vingt-cinq à cinquante-quatre ans. Le choix de la borne modifie fortement le niveau affiché, selon la durée des études et l'âge de départ à la retraite. La stratégie européenne adoptée en 2010 avait ainsi fixé son objectif sur les vingt à soixante-quatre ans.

Les comparaisons entre pays sont donc particulièrement sensibles à ce choix, ce qui explique une part des écarts observés entre publications portant sur les mêmes pays. Un pays où les études sont longues et rarement combinées avec un emploi affichera un taux plus bas sur les jeunes âges, sans que cela traduise une difficulté d'insertion.

Ce qu'il faut lire ensemble

Un diagnostic solide combine le taux d'emploi, le taux de chômage, le halo autour du chômage et le taux de sous-emploi, qui décrivent quatre situations distinctes.

Aucun de ces indicateurs ne se suffit à lui-même, et les commentaires qui n'en retiennent qu'un produisent régulièrement des conclusions que les trois autres contredisent.

À retenir

Le dénominateur du taux de chômage varie avec les entrées et sorties d'activité.

Un découragement fait baisser le taux de chômage sans créer d'emploi ; le taux d'emploi ne bouge pas.

Le choix des bornes d'âge modifie fortement le niveau affiché du taux d'emploi.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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