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Les cercles

La composition des réseaux varie avec la position sociale

Ce n'est pas seulement le nombre de relations qui diffère, c'est leur étendue. Une analyse de 2022 sur des données massives a chiffré ce que les enquêtes suggéraient.

Par G. Cazal, Réseaux personnels et sociabilitéPublié le 2 min

Ce que les enquêtes établissaient

Les travaux français, notamment ceux menés à partir des enquêtes sur les contacts et les réseaux personnels, retrouvent des réseaux plus étendus et plus diversifiés dans les catégories les plus dotées en diplômes. François Héran en tirait dès 1988 l'idée que la sociabilité se distribue comme une pratique culturelle.

Ils retrouvent aussi une composition différente : la part des relations issues du travail et des activités associatives augmente avec la position sociale, celle des relations de voisinage et de famille diminue en proportion. L'écart tient donc à l'origine des liens autant qu'à leur nombre.

La notion de capital social, que Pierre Bourdieu formalisait en 1980 comme l'ensemble des ressources liées à la possession d'un réseau durable de relations, donnait un cadre à cette question, sans les moyens de la mesurer à grande échelle.

L'analyse de 2022

Raj Chetty et une équipe nombreuse publient dans Nature deux articles exploitant les données de connexion d'un très grand réseau social aux États-Unis, sur plusieurs dizaines de millions de personnes.

Ils construisent une mesure de connexion entre groupes de revenus différents et l'associent, au niveau des territoires, à des indicateurs de mobilité sociale mesurés par ailleurs. La mobilité retenue est celle des enfants de familles modestes, comparée au revenu atteint à l'âge adulte.

Le résultat principal

Le degré de connexion entre personnes de revenus différents est, parmi les variables testées, celle qui s'associe le plus fortement à la mobilité sociale observée dans un territoire.

Les auteurs décomposent cette connexion en deux termes : l'exposition, c'est-à-dire la composition des lieux fréquentés, et le biais de liaison, c'est-à-dire la propension à se lier dans un lieu mixte. Les deux contribuent, et deux établissements de composition comparable peuvent produire des liens très différents.

Les limites

Les analyses sont écologiques : elles portent sur des territoires et non sur des individus suivis, ce qui expose à attribuer à un mécanisme individuel une régularité de niveau agrégé. Le sens de l'association reste lui aussi ouvert, des territoires plus mobiles pouvant produire davantage de liens entre milieux autant que l'inverse.

Les liens mesurés sont ceux déclarés sur une plateforme, et la mobilité sociale est mesurée sur une autre source, pour des cohortes différentes. Les auteurs discutent ces limites, qui n'ont pas été levées.

Ce que le résultat déplace

Il ramène l'attention sur la composition des lieux, écoles, quartiers, lieux de travail, associations, qui détermine les rencontres possibles avant toute préférence.

C'est la même logique que celle des travaux sur la proximité et sur l'homophilie induite : les réseaux enregistrent une structure d'occasions, et la modifier suppose d'agir sur les lieux plutôt que sur les dispositions. Le résultat ne dit rien, en revanche, de la valeur qu'ont des réseaux plus homogènes pour ceux qui les composent, que ces travaux ne mesurent pas.

À retenir

Les réseaux des catégories les plus diplômées sont plus étendus et composés différemment.

L'analyse de 2022 associe la connexion entre groupes de revenus à la mobilité sociale d'un territoire.

Ces analyses sont écologiques : elles portent sur des territoires, pas sur des individus suivis.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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