Civix Institute
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Attentes et malentendus

Les comparaisons invisibles

On juge sa relation à l'aune de celles que l'on croit observer. Le problème est que l'on ne compare pas ce que l'on croit comparer.

Par J. Carel, Attachement et liens durablesPublié le 2 min

Un étalon fabriqué

Personne ne juge sa relation dans l'absolu. On la situe par rapport à d'autres, celles des amis, celles de la famille, celles que la fiction met en scène. Cette comparaison est permanente et rarement consciente, ce qui la rend difficile à examiner.

Le matériau dont on dispose est pourtant très pauvre. D'une autre relation, on voit les moments publics, c'est-à-dire ceux qui ont été choisis pour l'être, et l'on n'a aucun accès aux heures ordinaires ni aux conversations difficiles.

Comparer un intérieur à un extérieur

L'erreur de méthode est la même que celle bien connue des réseaux sociaux, et elle n'a pas attendu ceux-ci. On confronte sa propre expérience, dont on connaît tous les creux, à la façade des autres, dont on ne connaît que la surface.

Le résultat est structurellement défavorable. Quelle que soit la relation, la comparaison la place en dessous, parce que les deux termes n'appartiennent pas au même registre d'information.

Ce que les autres ne montrent pas

Un exemple suffit à mesurer l'écart : les travaux menés sur le conflit conjugal indiquent que la majorité des désaccords dans un couple ne se résolvent jamais et reviennent pendant des années. C'est le cas ordinaire, y compris dans les relations que l'on prend pour modèles.

Ce que l'on observe de l'extérieur, ce sont donc des relations qui ont exactement les mêmes désaccords perpétuels, avec un affichage différent. Savoir cela ne rend pas les siens plus agréables, mais les replace dans la normale.

La comparaison utile

Toute comparaison n'est pas à écarter. Constater qu'ailleurs on se parle autrement, qu'on règle les désaccords sans y passer la nuit, ou qu'on prend des décisions à deux, apporte une information réelle sur ce qui est possible.

La différence tient à ce que l'on compare. Une pratique observée est une information exploitable. Une impression générale de bonheur ne l'est pas, parce qu'elle porte sur quelque chose que l'on n'a pas vu.

Le cas des modèles familiaux

Une comparaison particulière opère souvent à l'insu des intéressés : celle avec la relation de ses propres parents, prise comme référence en positif ou en négatif. Elle a l'avantage d'être fondée sur une observation prolongée, et l'inconvénient d'avoir été faite depuis la place d'un enfant.

C'est probablement la référence la plus puissante, et la moins examinée. La formuler explicitement, ne serait-ce qu'une fois, suffit souvent à en réduire l'emprise.

À retenir

On compare systématiquement son intérieur, dont on connaît les creux, à l'extérieur des autres, dont on ne voit que la surface.

Les désaccords perpétuels sont la règle, y compris dans les relations que l'on prend pour modèles.

Une pratique observée est une information exploitable, une impression de bonheur ne l'est pas.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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