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Analyse politique

Juger un bilan ou choisir un projet : le vote rétrospectif

On peut voter pour ce qu'on attend d'un candidat, ou contre ce qu'on reproche aux sortants. La seconde logique est ancienne, simple, et plus discutée qu'il n'y paraît.

Par A. Vasseur, Clivages et comportements de votePublié le 2 min

Deux façons de regarder une élection

Le vote prospectif compare des programmes et choisit celui qui promet le meilleur avenir. Le vote rétrospectif regarde en arrière : il évalue ce qu'a produit l'équipe sortante, et la reconduit ou la remplace selon le jugement porté sur la période écoulée.

Les deux logiques coexistent chez la plupart des électeurs. Leur poids relatif varie selon les élections, la lisibilité des bilans et la confiance accordée aux promesses, que beaucoup jugent moins fiables qu'une expérience déjà vécue.

Un contrôle à la portée de tous

V. O. Key en a proposé une défense influente dans The Responsible Electorate, publié en 1966 : les électeurs ne sont pas dupes, ils jugent ce qu'ils ont vu. Morris Fiorina a prolongé l'analyse en 1981 dans Retrospective Voting in American National Elections.

L'argument est fort. Juger un bilan demande beaucoup moins d'informations qu'évaluer un programme détaillé, et la menace d'être sanctionné incite les gouvernants à tenir compte de ceux qu'ils gouvernent. Le vote devient un instrument de contrôle accessible sans expertise.

Les limites documentées

Christopher Achen et Larry Bartels, dans Democracy for Realists en 2016, soulignent deux faiblesses. Les électeurs accorderaient un poids excessif aux derniers mois d'un mandat, et sanctionneraient parfois des événements sur lesquels les gouvernants n'avaient aucune prise.

Ces conclusions sont discutées. D'autres chercheurs estiment que les électeurs jugent aussi la réaction des gouvernants face à l'imprévu, ce qui est une information pertinente, et que la myopie reprochée reste une approximation raisonnable quand l'information est coûteuse.

Quand il est difficile d'attribuer

Le vote rétrospectif suppose de savoir qui est responsable. G. Bingham Powell et Guy Whitten ont montré en 1993 que le lien entre situation économique et vote est plus net lorsque la responsabilité gouvernementale est clairement identifiable.

Coalitions, partage du pouvoir entre niveaux de gouvernement ou entre institutions brouillent cette attribution. Chacun peut alors revendiquer les succès et renvoyer les échecs vers un autre échelon, ce qui affaiblit le contrôle qu'exerce l'électeur et pousse à juger sur des impressions plus que sur des décisions identifiées.

Ce que cela change pour se connaître

Un vote rétrospectif ne dit presque rien des valeurs de celui qui le dépose. Deux personnes aux convictions éloignées peuvent sanctionner le même bilan, l'une parce que l'action a été insuffisante, l'autre parce qu'elle a été excessive.

C'est une raison de distinguer le jugement sur un bilan de la position sur les questions de fond. Un profil d'opinions mesure la seconde, et peut donc s'écarter sensiblement des votes passés sans qu'il y ait de contradiction.

Une question permet de faire le point : lors de votre dernier vote, pensiez-vous d'abord à ce qui devait arriver, ou à ce qui s'était passé ? La réponse n'a rien de meilleur ou de pire, mais elle éclaire ce que le bulletin exprimait.

À retenir

Le vote rétrospectif juge un bilan plutôt qu'un programme, et demande peu d'informations.

Ses défenseurs y voient un contrôle efficace, ses critiques une sanction myope et parfois mal ciblée.

Il suppose une responsabilité identifiable, que le partage du pouvoir rend difficile à établir.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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