Le temps passé avec les enfants, mesuré plutôt que ressenti
Les enquêtes emploi du temps existent depuis les années 1960 et donnent un résultat contre-intuitif : le temps parental déclaré a augmenté, dans presque tous les pays riches.
Comment on mesure
Les enquêtes emploi du temps demandent aux personnes de noter leurs activités par tranches de dix ou quinze minutes sur une journée tirée au sort, plutôt que d'estimer un volume hebdomadaire.
Cette méthode réduit considérablement les biais d'estimation globale, mais elle impose des conventions : l'activité principale et l'activité secondaire sont distinguées, et le temps de simple présence est codé à part du temps d'interaction.
En France, l'Insee conduit ce type d'enquête depuis les années 1960, à intervalles d'une dizaine d'années, ce qui fournit des séries comparables sur plusieurs décennies malgré des changements de nomenclature.
Le résultat principal
Les séries longues, notamment américaines et européennes, montrent une augmentation du temps consacré aux enfants depuis les années 1960, chez les mères comme chez les pères, malgré la hausse de l'emploi féminin. Les travaux de la sociologue Suzanne Bianchi ont largement contribué à établir ce résultat aux États-Unis, et des comparaisons portant sur une dizaine de pays riches l'ont ensuite retrouvé de façon assez générale.
La hausse est nettement plus forte pour les pères en valeur relative, en partant d'un niveau très bas, et l'écart absolu entre mères et pères reste important dans tous les pays étudiés.
Comment un tel résultat est possible
Plusieurs mécanismes sont avancés : la baisse du nombre d'enfants par famille, qui concentre le temps disponible, la baisse du temps consacré aux tâches ménagères, et un déplacement de l'arbitrage vers le temps personnel et le sommeil.
S'y ajoute un changement de norme : les activités partagées avec l'enfant sont davantage valorisées, ce qui augmente à la fois leur fréquence réelle et leur probabilité d'être notées comme telles dans un carnet.
Ce que la moyenne cache
La hausse est inégalement répartie. Plusieurs travaux montrent qu'elle est plus forte chez les parents diplômés, ce qui creuse un écart qui n'existait pas dans les années 1960.
Cet écart selon le diplôme reçoit des interprétations opposées : un investissement différencié dans l'éducation des enfants, ou un effet de norme, les parents les plus diplômés étant aussi ceux qui adhèrent le plus à l'idée d'un rôle parental exigeant en temps.
La composition du temps diffère aussi : les enquêtes distinguent le temps de soin, le temps de transport et le temps d'activité partagée, et ces trois postes n'ont pas évolué de la même façon selon les milieux.
Le décalage avec le sentiment
Les mêmes enquêtes relèvent un sentiment de manque de temps en hausse, alors que le temps mesuré augmente. Ce décalage est l'un des résultats les plus stables du champ.
Les explications avancées portent sur la fragmentation des activités, sur l'élévation des attentes attachées au rôle parental, et sur la mesure elle-même : ressentir du temps contraint n'est pas la même chose qu'en compter les minutes.
À retenir
Les carnets par tranches horaires réduisent les biais d'estimation propres aux questions globales.
Le temps parental déclaré augmente depuis les années 1960, y compris chez les mères en emploi.
Le sentiment de manque de temps augmente en parallèle, décalage stable d'un pays à l'autre.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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