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Chiffres du travail

Le taux d'absentéisme, un indicateur sans définition commune

Chaque organisation calcule le sien à sa façon. Comparer deux taux publiés par des sources différentes n'a presque jamais de sens.

Par N. Ferreira, Statistiques du travailPublié le 2 min

Les choix de calcul

Un taux d'absentéisme rapporte des jours d'absence à des jours théoriquement travaillés. Chacun des deux termes admet plusieurs définitions : jours calendaires ou ouvrés, absences de toute nature ou arrêts maladie seuls, avec ou sans les congés maternité et les accidents du travail.

Ces choix, rarement explicités dans les publications, produisent des écarts qui dépassent largement les variations que les commentaires cherchent à interpréter.

Le mot lui-même pose problème. Il suggère une conduite, l'absence choisie, alors que l'essentiel des jours comptés correspond à des arrêts prescrits médicalement. Plusieurs organismes statistiques préfèrent pour cette raison parler d'absences pour raison de santé.

L'effet de la structure des effectifs

Le taux mesuré dépend de la composition par âge, par sexe et par métier de la population concernée, puisque la fréquence et la durée des arrêts varient fortement selon ces dimensions. Les métiers exposés à des contraintes physiques, par exemple, affichent des niveaux sans commune mesure avec ceux des fonctions de bureau.

Comparer deux entreprises sans tenir compte de leur structure revient donc à comparer des populations différentes, et les écarts observés reflètent en partie cette composition. Les méthodes de standardisation, classiques en démographie, permettent de corriger cet effet, mais elles sont rarement appliquées aux indicateurs publiés par les entreprises.

Fréquence et durée

Un même taux global peut résulter de nombreux arrêts courts ou de quelques arrêts longs, deux situations qui n'appellent pas la même lecture et qui n'ont pas les mêmes déterminants.

Les publications sérieuses distinguent donc systématiquement la fréquence et la durée, et les analyses sur les arrêts longs portent davantage sur la santé que sur l'organisation du travail. Certains indicateurs de gestion, comme le facteur dit de Bradford, pondèrent fortement la fréquence, choix qui a été critiqué parce qu'il pénalise les personnes atteintes d'affections récurrentes.

Les sources publiques

Les données de l'assurance maladie fournissent des séries nationales sur les arrêts indemnisés, avec une définition stable, ce qui permet des comparaisons dans le temps que les indicateurs d'entreprise ne permettent pas.

Ces données ne couvrent pas les absences non indemnisées et dépendent des règles d'indemnisation, qui ont été modifiées à plusieurs reprises, ce que les ruptures de série signalent. Le délai de carence de trois jours dans le secteur privé, souvent compensé par l'employeur, rend par exemple les arrêts très courts en partie invisibles.

Ce que l'indicateur ne dit pas

Un taux bas peut refléter une bonne santé, une organisation protectrice, ou une difficulté à s'arrêter, cette dernière situation renvoyant au présentéisme. Un taux élevé n'est pas davantage univoque, puisqu'il peut traduire des conditions difficiles comme une population plus âgée.

L'indicateur seul ne distingue pas ces trois situations, ce qui limite fortement son usage comme mesure de la qualité des conditions de travail. Il ne prend son sens qu'accompagné d'autres informations, sur la rotation du personnel, les accidents du travail ou les conditions déclarées.

À retenir

Numérateur et dénominateur admettent plusieurs définitions, rarement explicitées.

Un même taux global peut résulter de nombreux arrêts courts ou de quelques arrêts longs.

Un taux bas peut refléter une difficulté à s'arrêter autant qu'une bonne santé.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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