Civix Institute
Retour à la revue
Pratiques éducatives

Le repas partagé, une variable qui en résume beaucoup d'autres

Les associations entre repas familiaux et devenir des adolescents sont nombreuses et positives. Elles mesurent probablement autre chose que le repas.

Par O. Peyre, Pratiques éducatives comparéesPublié le 2 min

Ce que les enquêtes trouvent

De nombreuses enquêtes, principalement nord-américaines, rapportent des associations entre la fréquence déclarée des repas partagés et des indicateurs scolaires, alimentaires et de conduite chez les adolescents. La fréquence est le plus souvent mesurée par une question unique, du type nombre de repas pris ensemble au cours de la semaine écoulée, posée à l'adolescent ou au parent.

Ces associations sont régulières et de taille modérée, ce qui explique leur diffusion dans les recommandations de santé publique et dans la presse généraliste. Elles portent en outre sur un comportement simple, que chacun peut se représenter, ce qui facilite leur reprise.

Le problème d'interprétation

La fréquence des repas partagés dépend des horaires de travail, du nombre d'adultes présents, du temps de transport et de la stabilité de l'organisation familiale. Toutes ces variables sont associées aux mêmes résultats.

Autrement dit, le repas partagé est un bon indicateur d'un ensemble de conditions, ce qui n'établit pas qu'il en soit un levier.

La relation peut aussi aller dans l'autre sens. Un adolescent qui traverse une période difficile peut se soustraire aux repas communs, si bien que la rareté du repas serait une conséquence de ses difficultés plutôt que leur origine.

Ce que les analyses plus prudentes montrent

Les travaux qui ajustent finement sur les caractéristiques familiales, ou qui suivent les mêmes adolescents dans le temps, trouvent des associations nettement réduites, parfois non significatives.

Une analyse publiée en 2012 par Daniel Miller, Jane Waldfogel et Wen-Jui Han, exploitant des données longitudinales, conclut à des associations bien plus faibles que celles rapportées par les études transversales. Ce type de dispositif compare un adolescent à lui-même à différentes périodes, ce qui neutralise les caractéristiques stables de la famille sans neutraliser celles qui changent.

Ce qui pourrait être en jeu

Les mécanismes avancés sont la régularité des échanges, la connaissance par les adultes de ce que fait l'adolescent, et l'existence d'un moment prévisible. Ces éléments peuvent exister sans repas partagé et manquer malgré lui. Une famille peut par exemple partager peu de repas en raison d'horaires décalés tout en maintenant d'autres moments d'échange réguliers.

Les rares études qui mesurent la qualité des échanges pendant le repas, plutôt que sa seule fréquence, trouvent que cette dimension porte l'essentiel de l'association mesurée. Ces études restent peu nombreuses, et la qualité des échanges y est elle-même mesurée par des déclarations.

Pourquoi ce cas est instructif

Il illustre une configuration fréquente : une pratique facile à compter sert de mesure indirecte pour un ensemble difficile à mesurer, puis la mesure indirecte est prise pour la cause. Le même schéma a été discuté pour d'autres variables familiales, comme le nombre de livres au domicile.

La conséquence pratique est qu'une politique qui viserait la fréquence des repas sans toucher aux conditions qui la déterminent n'aurait pas de raison de produire l'effet observé dans les enquêtes.

À retenir

Les associations rapportées sont régulières mais mesurent un ensemble de conditions familiales.

Les analyses longitudinales réduisent fortement ces associations.

La qualité des échanges, plus que la fréquence du repas, porte l'essentiel de l'association mesurée.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →