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La situation étrange, une épreuve de vingt minutes

Une procédure de laboratoire mise au point en 1969 fournit encore l'essentiel des données sur l'attachement. Elle mesure quelque chose de réel, et beaucoup moins large qu'on ne le dit.

Par F. Aubry, Développement de l'enfantPublié le 3 min

Le protocole

Mary Ainsworth met au point à la fin des années 1960 une séquence standardisée d'une vingtaine de minutes, en huit épisodes, où un enfant d'environ un an est confronté à une pièce inconnue, à une personne inconnue, puis à deux séparations brèves d'avec son parent.

La procédure s'inscrit dans le cadre théorique proposé par John Bowlby, qui décrivait l'attachement comme un système de comportements orienté vers la recherche de proximité en cas d'alarme. Elle visait à observer ce système dans des conditions comparables d'un enfant à l'autre.

Ce n'est pas la réaction à la séparation qui est codée, contrairement à ce qui est souvent rapporté, mais la conduite au moment des retrouvailles : la façon dont l'enfant cherche ou évite le contact et retrouve, ou non, une activité d'exploration.

Les catégories

Ainsworth distingue trois configurations, sécurisée, évitante et ambivalente. Mary Main et Judith Solomon ajoutent en 1990 une quatrième catégorie, dite désorganisée, pour des conduites brèves et contradictoires que les trois premières ne classaient pas.

Les distributions observées dans les échantillons occidentaux placent une majorité d'enfants dans la catégorie sécurisée, avec des proportions qui varient sensiblement selon les pays et les échantillons.

Ce que la procédure mesure

Elle mesure une relation, pas un trait de l'enfant. Un même enfant peut être classé différemment avec deux adultes différents, résultat retrouvé dans plusieurs études et rarement mentionné lorsque le vocabulaire de l'attachement est employé hors du champ.

La classification est une catégorie de recherche, établie à partir d'un codage par des observateurs formés. Elle n'a pas été conçue comme un instrument de diagnostic individuel, et ses auteurs l'ont rappelé à plusieurs reprises.

Le codage exige une formation longue des observateurs, ce qui limite la taille des échantillons. D'autres instruments, comme le Q-sort d'attachement, renseigné à partir d'observations à domicile, ont été développés pour élargir la mesure, avec une concordance imparfaite avec la procédure de laboratoire.

Les critiques

La validité culturelle a été discutée dès les années 1980. Les travaux de Takahashi au Japon ont montré que la séparation avait une signification différente selon les habitudes de garde, ce qui modifie la distribution des catégories sans que rien n'indique une différence de qualité de relation.

Une seconde critique porte sur la stabilité temporelle : les classifications se modifient quand les circonstances familiales changent, ce que les défenseurs du modèle considèrent comme une propriété attendue plutôt que comme un défaut.

Le devenir à long terme

Les méta-analyses trouvent des associations entre classification précoce et indicateurs ultérieurs de conduite sociale, avec des tailles d'effet faibles à modérées.

Ces associations n'autorisent aucune prédiction individuelle. Elles décrivent des différences moyennes entre groupes, compatibles avec des trajectoires individuelles très variées, y compris opposées à la tendance moyenne. Elles sont en outre difficiles à séparer des conditions de vie qui accompagnent la classification initiale et persistent ensuite, ce qui rend incertaine la part attribuable à la relation précoce elle-même.

À retenir

Le codage porte sur les retrouvailles, pas sur la réaction à la séparation.

La procédure caractérise une relation avec un adulte donné, pas un trait stable de l'enfant.

Les associations avec le devenir sont faibles à modérées et ne permettent pas de prédiction individuelle.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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