Le redoublement, une pratique en recul et des effets difficiles à isoler
La France a longtemps compté parmi les pays où l'on redoublait le plus. Le recul de la pratique a précédé les études les plus rigoureuses sur ses effets.
Une pratique en déclin
Le redoublement a longtemps été un trait marquant du système scolaire français, avec des taux élevés au regard des pays comparables de l'OCDE. Sa fréquence a fortement diminué au fil des décennies, à l'école élémentaire comme au collège.
Ce recul s'est fait progressivement, par des textes successifs et par l'évolution des pratiques des conseils de classe, bien avant que le sujet ne fasse l'objet de décisions réglementaires très visibles.
Les textes récents
Un décret de 2014 a rendu le redoublement exceptionnel, en le réservant notamment aux situations de rupture des apprentissages. Un décret de 2018 a de nouveau ouvert la possibilité d'y recourir, toujours à titre exceptionnel, après dialogue avec la famille et accompagné d'un dispositif pédagogique.
Ces allers et retours portent davantage sur la marge laissée aux équipes que sur la fréquence réelle, restée faible dans les deux cas. Ils traduisent un désaccord persistant sur ce que la mesure apporte.
Le problème de comparaison
Comparer simplement les élèves qui redoublent à ceux qui passent dans la classe supérieure ne dit presque rien. Les premiers ont été sélectionnés précisément parce que leurs résultats étaient plus faibles, et ils diffèrent sur bien d'autres dimensions.
Les travaux les plus solides exploitent des règles de passage fondées sur un seuil de résultat à un test. Les élèves situés juste au-dessus et juste au-dessous du seuil sont comparables, et seule la décision de redoublement les distingue.
Une autre approche compare des établissements ou des pays aux pratiques différentes. Elle se heurte au même obstacle sous une autre forme : les systèmes qui font beaucoup redoubler diffèrent aussi par leurs programmes, leur organisation et la composition de leurs élèves.
Ce que ces travaux trouvent
Les études de ce type conduites aux États-Unis, notamment à Chicago et en Floride, trouvent souvent un gain de résultats à court terme chez les élèves retenus, qui tend à s'atténuer dans les années suivantes.
Les effets sur la poursuite d'études et le décrochage sont plus discutés, et varient selon l'âge auquel le redoublement intervient et selon le soutien pédagogique qui l'entoure. Ces dispositifs américains diffèrent fortement du redoublement français, ce qui limite la transposition des résultats.
Les arguments en présence
Les partisans d'un usage plus large invoquent l'hétérogénéité des classes et la difficulté de suivre un programme sans les acquis précédents. Ses opposants invoquent le coût d'une année supplémentaire, l'effet sur l'âge relatif de l'élève et l'absence de bénéfice durable démontré.
Les deux positions s'appuient sur des données réelles, mais aucune ne dispose d'une évaluation française répondant aux exigences des études à seuil, faute de règle de passage fondée sur un test unique.
Le débat porte aussi sur ce que l'on compare. Une année redoublée peut être mise en regard d'un passage sans aide particulière ou d'un passage assorti d'un soutien spécifique, et la conclusion dépend largement de l'alternative retenue.
À retenir
Le redoublement a fortement reculé en France, bien avant les décrets de 2014 et de 2018.
Comparer redoublants et non-redoublants confond l'effet de la mesure avec la sélection des élèves concernés.
Les études à seuil trouvent souvent un gain à court terme qui s'atténue ensuite, dans des systèmes différents du système français.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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