Quand c'est le parent qui répond sur l'enfant
L'essentiel des données sur les jeunes enfants provient de questionnaires remplis par un adulte. Cette source a des propriétés bien identifiées, rarement rappelées quand les résultats circulent.
Pourquoi cette source domine
Avant sept ou huit ans, un enfant ne remplit pas de questionnaire fiable sur sa propre conduite ou son propre sommeil. Interroger le parent est la seule voie praticable à grande échelle, et elle a l'avantage de porter sur des semaines d'observation plutôt que sur une séance.
Les instruments les plus utilisés dans le champ sont construits pour cette source et validés avec elle, ce qui rend la comparaison entre études possible mais enferme le champ dans un même mode de recueil.
Le désaccord entre informateurs
Une méta-analyse conduite par Achenbach et ses collègues à la fin des années 1980 a établi un résultat devenu classique : la concordance entre deux adultes décrivant le même enfant est modérée, et elle est plus faible encore entre un adulte et l'enfant lui-même.
Les travaux plus récents, menés avec d'autres instruments et dans d'autres pays, ont retrouvé des ordres de grandeur comparables. Le désaccord entre informateurs compte ainsi parmi les résultats les plus constants de la mesure en psychologie de l'enfant.
Ce désaccord n'est pas un défaut à corriger. Les parents et les enseignants observent l'enfant dans des situations différentes, et une part de l'écart mesure une variation réelle de conduite selon le contexte.
Les biais propres au répondant
L'état de l'adulte pèse sur sa description. Plusieurs travaux montrent qu'un parent présentant des symptômes dépressifs rapporte davantage de difficultés chez son enfant, y compris lorsque d'autres sources n'en rapportent pas.
S'y ajoutent la désirabilité sociale, qui pousse à minorer certaines conduites, et un effet de halo : un jugement général favorable colore les réponses à des questions précises et sans rapport entre elles. Ces biais ne jouent pas tous dans le même sens, ce qui complique leur correction : un parent peut minorer une conduite jugée peu acceptable et majorer une difficulté qui le préoccupe, dans le même questionnaire.
Ce que la recherche fait de ce problème
La pratique recommandée est de recueillir plusieurs sources et de les traiter séparément plutôt que d'en faire une moyenne, qui effacerait l'information contenue dans le désaccord.
Les mesures dites objectives, actimétrie, enregistrement audio du langage adressé, observation codée par un tiers, se développent. Elles sont coûteuses, applicables à de petits effectifs, et elles mesurent souvent autre chose que ce que mesure le questionnaire.
La conséquence pour la lecture des résultats
Un article qui rapporte une association entre une pratique parentale et un trait de l'enfant, les deux étant décrits par le même parent, mesure en partie la cohérence du répondant. Ce point s'appelle la variance de méthode partagée.
Il n'annule pas le résultat, mais il en limite la portée, et il explique qu'une association forte dans les données déclaratives devienne faible dès qu'une source indépendante est introduite.
La distinction tient souvent en une formule. Une étude qui conclut que certains enfants sont plus anxieux dit en réalité que leurs parents les décrivent comme plus anxieux, et cette précision se perd presque toujours dans la reprise des résultats.
À retenir
La concordance entre deux adultes décrivant le même enfant est modérée, et plus faible avec l'enfant lui-même.
L'état du répondant, notamment dépressif, pèse sur la description qu'il donne de l'enfant.
Une association mesurée entièrement par un même répondant intègre la cohérence de ce répondant.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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