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Pratiques éducatives

Le partage des tâches, ce que les enquêtes mesurent

L'écart entre les mères et les pères se réduit lentement, mais pas de la façon qu'on imagine. La composition des tâches change plus vite que leur volume.

Par O. Peyre, Pratiques éducatives comparéesPublié le 3 min

Deux écarts distincts

Les enquêtes emploi du temps distinguent le travail domestique, entretien du logement, courses, repas, et le travail parental, soins, accompagnement, jeu. Les deux écarts entre femmes et hommes n'ont pas évolué au même rythme.

L'écart sur le travail parental s'est réduit plus vite, dans plusieurs pays, que celui sur le travail domestique. Le second est le plus stable des deux, et il est celui que les enquêtes mesurent le mieux. Cette asymétrie surprend souvent, parce que le temps passé avec les enfants est volontiers présenté comme le terrain le plus résistant au changement. Les séries longues montrent plutôt l'inverse, sans que la raison de cet écart de rythme fasse consensus.

La nature des tâches

Les travaux qui codent les tâches par type trouvent une répartition différenciée : les activités contraintes et quotidiennes, préparation des repas, linge, restent majoritairement féminines, alors que les activités substituables dans le temps, bricolage, gestion administrative, le sont moins. Une hypothèse avancée pour l'expliquer tient au degré de contrainte horaire : une tâche qui peut être différée ou choisie se prête mieux à une répartition souple qu'une tâche qui revient chaque jour à heure fixe. Elle reste une interprétation des régularités observées.

La même distinction vaut pour le travail parental : le jeu et les sorties sont plus également partagés que les soins et la gestion du calendrier.

Le travail invisible

Les enquêtes classiques mesurent des activités observables, et captent mal la charge dite mentale, c'est-à-dire l'anticipation, la planification et la vérification, qui ne correspondent pas à un créneau d'agenda. La notion a largement circulé dans le débat public, mais elle recouvre dans la littérature des dimensions qui ne sont pas toujours définies de la même façon d'une étude à l'autre.

Des travaux ont proposé de mesurer cette dimension par des questions spécifiques sur qui pense à quoi. Les résultats montrent une répartition plus inégale que celle du temps, mais la mesure en est jeune et discutée.

L'effet de l'arrivée d'un enfant

Plusieurs études longitudinales retrouvent un écartement des trajectoires au moment de la naissance du premier enfant, y compris dans des couples dont le partage était équilibré avant.

Les travaux économiques sur l'effet de la parentalité sur les revenus, notamment ceux de Henrik Kleven et ses collègues, retrouvent une rupture nette pour les mères et quasi nulle pour les pères, dans tous les pays étudiés, avec des ampleurs variables.

Ces résultats sont descriptifs. Ils établissent une rupture au moment de la naissance sans en isoler la cause, et les explications avancées, normes sociales, écarts de salaire préexistants, organisation des congés, font l'objet de travaux qui les examinent séparément sans qu'aucune suffise à rendre compte de l'ensemble.

Ce que la déclaration déforme

Quand on interroge séparément les deux membres d'un couple, la somme des parts déclarées dépasse régulièrement cent pour cent. Chacun surestime sa contribution, de façon plus marquée sur les tâches valorisées.

Les carnets journaliers réduisent ce biais sans l'éliminer, ce qui est l'argument principal pour préférer ce format aux questions d'estimation globale.

À retenir

L'écart sur le travail parental se réduit plus vite que celui sur le travail domestique.

Les tâches quotidiennes et contraintes restent les plus inégalement réparties.

Interrogés séparément, les deux membres d'un couple déclarent des parts dont la somme dépasse cent pour cent.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

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