Civix Institute
Retour à la revue
Lire les études

L'ordre de naissance, un effet qui a fondu

Aîné responsable, cadet rebelle : la typologie est ancienne et populaire. Les grandes analyses publiées depuis 2015 n'en retrouvent presque rien.

Par B. Tanguy, Méthodes des enquêtes sur l'enfancePublié le 2 min

L'hypothèse

L'idée d'une influence du rang dans la fratrie sur la personnalité remonte au début du vingtième siècle et a été popularisée dans les années 1990, notamment par les travaux de Frank Sulloway sur la propension à contester l'ordre établi. On en attribue généralement l'origine à Alfred Adler, qui accordait à la position dans la fratrie une place importante. L'ouvrage de Sulloway paru en 1996, Born to Rebel, s'appuyait sur des données historiques relatives à des scientifiques et à des acteurs de périodes révolutionnaires.

Le mécanisme avancé est celui d'une différenciation à l'intérieur de la famille : chaque enfant occuperait une niche laissée libre par les précédents. L'hypothèse est séduisante parce qu'elle propose un mécanisme simple et qu'elle rejoint des expériences familiales partagées par beaucoup.

Le piège méthodologique

Comparer des aînés et des cadets entre familles différentes est trompeur, parce que le rang est lié à la taille de la fratrie, elle-même liée au milieu social et à d'autres caractéristiques. Les familles nombreuses comptent par définition davantage de cadets, et si elles diffèrent des autres, ces différences sont attribuées à tort au rang.

La comparaison valide se fait à l'intérieur d'une même famille, entre frères et sœurs, ce que peu d'études anciennes permettaient faute de données. Elle suppose des enquêtes qui interrogent plusieurs enfants d'une même famille, ou des registres qui permettent de les relier entre eux.

Les analyses récentes

Julia Rohrer, Boris Egloff et Stefan Schmukle publient en 2015 une analyse sur de grands échantillons allemands, américains et britanniques, en comparant les enfants d'une même fratrie.

Ils ne retrouvent aucun effet notable sur les grandes dimensions de personnalité. Ils retrouvent en revanche un effet faible mais constant sur les scores cognitifs et le niveau d'études, décroissant avec le rang.

Ce double résultat compte : l'absence d'effet sur la personnalité ne s'explique pas par un manque de puissance, puisque les mêmes données détectent un effet faible sur d'autres mesures.

Comment lire l'effet résiduel

L'écart mesuré sur les scores cognitifs est très faible au niveau individuel, de l'ordre de quelques points, ce qui est invisible dans une famille donnée mais détectable sur des dizaines de milliers d'observations.

Les explications avancées portent sur la dilution des ressources et sur le rôle d'enseignant que les aînés peuvent occuper, sans qu'aucune ne soit établie. D'autres travaux, conduits sur des registres de conscrits norvégiens, retrouvent un écart de même sens sur les scores cognitifs.

Pourquoi la croyance persiste

Les descriptions de caractère par rang sont suffisamment générales pour trouver confirmation dans presque toute fratrie, mécanisme connu sous le nom d'effet Barnum et documenté depuis les années 1940.

S'y ajoute que les parents comparent leurs enfants entre eux, et non à la population générale, ce qui amplifie des différences réelles mais petites en un contraste narratif fort. Une petite différence moyenne, reprise dans les récits familiaux, finit ainsi par être perçue comme un trait de caractère.

À retenir

Comparer les rangs entre familles différentes confond le rang avec la taille de la fratrie et le milieu.

L'analyse de 2015, conduite à l'intérieur des fratries, ne retrouve pas d'effet sur la personnalité.

Un effet faible mais constant subsiste sur les scores cognitifs, invisible à l'échelle d'une famille.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →