Civix Institute
Retour à la revue
Pratiques éducatives

Lire un livre à un enfant, ce que les essais mesurent

C'est l'une des rares pratiques familiales à avoir été testée par des essais contrôlés. Les effets existent, ils sont mieux établis sur le vocabulaire que sur le reste.

Par O. Peyre, Pratiques éducatives comparéesPublié le 2 min

Ce qui est testé

Les essais portent presque toujours sur un protocole précis, souvent la lecture dialogique décrite par Grover Whitehurst à la fin des années 1980, où l'adulte pose des questions ouvertes et relance plutôt que de lire de façon continue.

Ce n'est donc pas la lecture en général qui est évaluée, mais une manière de lire, enseignée aux adultes par une formation courte. La distinction pèse sur l'interprétation des résultats.

La lecture dialogique repose sur quelques techniques décrites précisément : inviter l'enfant à compléter une phrase, lui demander ce qu'il voit, reprendre sa réponse en l'enrichissant. Cette précision est ce qui la rend testable, et ce qui interdit d'étendre les résultats à toute forme de lecture.

Les effets mesurés

Les méta-analyses retrouvent un effet positif sur le vocabulaire expressif des jeunes enfants, d'ampleur modérée, plus net chez les enfants d'âge préscolaire que chez les plus âgés.

Une méta-analyse plus ancienne, publiée en 1995 par Adriana Bus, Marinus van IJzendoorn et Anthony Pellegrini, portait sur la fréquence de la lecture partagée plutôt que sur un protocole. Elle trouvait une association avec le langage, établie en grande partie sur des données corrélationnelles.

Les effets sur les compétences de lecture ultérieures sont plus faibles et moins constants. Plusieurs synthèses concluent que l'effet sur la conscience phonologique, qui prédit fortement l'entrée dans la lecture, est faible ou nul.

Les limites méthodologiques

L'aveugle est impossible et la mesure du vocabulaire est souvent réalisée sur les mots figurant dans les livres utilisés, ce qui rapproche le test de ce qui a été enseigné et gonfle l'effet apparent.

Les essais les plus rigoureux, qui mesurent un vocabulaire indépendant des supports, trouvent des effets plus petits. Cet écart est un cas d'école du problème des mesures trop proches de l'intervention.

L'effet du milieu

Plusieurs essais trouvent des effets plus grands dans les familles où la pratique était initialement moins fréquente, ce qui est attendu puisque la marge de progression y est plus large. Cette lecture appelle une précaution : un gain plus grand là où le niveau initial est bas peut aussi refléter un retour vers la moyenne, phénomène statistique qui touche tout groupe sélectionné sur un score initial éloigné de la moyenne.

Ce résultat est cité à l'appui de programmes de distribution de livres. Les évaluations de ces programmes, notamment dans les pays anglophones, trouvent des effets sur la fréquence déclarée de lecture plus nets que sur les compétences mesurées.

Ce que la pratique n'est pas

Aucune de ces données n'autorise à présenter la lecture partagée comme une condition du développement du langage. Les enfants apprennent à parler dans des sociétés où cette pratique n'existe pas, ce que rappellent les travaux comparatifs.

Ce que les essais établissent est plus étroit : une manière particulière d'interagir autour d'un support augmente, en moyenne et modérément, le vocabulaire mesuré à court terme.

À retenir

Les essais testent une manière de lire enseignée aux adultes, pas la lecture en général.

L'effet sur le vocabulaire est modéré ; celui sur la conscience phonologique est faible ou nul.

Les mesures portant sur les mots des livres utilisés surestiment l'effet réel.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →