Les primes collectives et le problème du passager clandestin
Une prime liée au résultat d'un groupe dilue le lien entre effort individuel et gain. La théorie prédit qu'elle ne marche pas ; les données sont plus nuancées.
Le dispositif français
L'intéressement et la participation sont deux mécanismes distincts, créés par ordonnance en 1959 pour le premier et en 1967 pour le second. La participation est obligatoire au-delà d'un seuil d'effectif et repose sur une formule légale de calcul liée au bénéfice. L'intéressement est facultatif et repose sur une formule négociée liée à des résultats ou à des objectifs.
Les deux bénéficient d'un régime social et fiscal spécifique, ce qui constitue une part importante de l'incitation à les mettre en place, indépendamment de leur effet sur le travail.
L'objection théorique
Dans un collectif de taille importante, la contribution d'une personne au résultat commun est faible, et le gain qu'elle retire de son effort supplémentaire est divisé par l'effectif. La théorie prédit donc un effort inchangé.
Ce raisonnement, connu sous le nom de problème du passager clandestin, prédit que l'effet d'une prime collective décroît rapidement avec la taille du groupe. Il a été formulé pour l'action collective par Mancur Olson en 1965, et appliqué à la production en équipe par Armen Alchian et Harold Demsetz en 1972.
Ce que les données trouvent
Les travaux empiriques trouvent pourtant des associations positives entre dispositifs de partage du profit et productivité, y compris dans des entreprises de grande taille.
Les explications avancées portent sur la pression exercée par les pairs, sur l'information partagée et sur la sélection : les entreprises qui adoptent ces dispositifs diffèrent des autres par bien d'autres caractéristiques.
La pression des pairs a été formalisée par Eugene Kandel et Edward Lazear en 1992. Elle suppose que les collègues observent l'effort les uns des autres, ce qui est plus plausible dans une petite équipe que dans l'ensemble d'une grande entreprise, et déplace la question vers l'organisation du travail.
La difficulté d'évaluation
L'adoption d'un dispositif n'est pas aléatoire. Les entreprises qui le mettent en place sont généralement plus grandes, plus rentables et dotées d'autres pratiques de gestion, ce qui rend l'attribution d'un effet délicate.
Les rares travaux exploitant des seuils réglementaires, qui rendent le dispositif obligatoire à partir d'un effectif donné, produisent des estimations plus prudentes que les comparaisons simples. Ces seuils ont leurs propres effets, certaines entreprises s'arrêtant juste en dessous, ce que les auteurs doivent aussi prendre en compte.
Ce que le dispositif change d'autre
Le partage du profit transfère une part du risque de l'entreprise vers les salariés, puisque la rémunération varie avec le résultat. Cette dimension est rarement discutée dans les évaluations centrées sur la productivité. Martin Weitzman en avait pourtant fait en 1984 l'argument central d'une économie du partage, où une rémunération variable amortirait les chocs sur l'emploi.
Elle est en revanche centrale dans les débats sur l'articulation entre ces dispositifs et le salaire de base, notamment lorsqu'ils s'y substituent partiellement.
À retenir
Participation et intéressement sont deux mécanismes distincts, l'un légal et l'autre négocié.
La théorie prédit un effet décroissant avec la taille du groupe, que les données ne confirment pas entièrement.
Le partage du profit transfère une part du risque de l'entreprise vers les salariés.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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