Féliciter l'effort ou l'intelligence, une expérience et ses suites
Une série d'expériences de 1998 a fait de la forme du compliment un sujet de recherche à part entière. Les travaux suivants ont confirmé un mécanisme et nettement réduit son ampleur.
L'expérience de départ
Claudia Mueller et Carol Dweck publient en 1998 six études menées auprès d'élèves d'une dizaine d'années. Après une première série de problèmes, les enfants reçoivent un compliment portant soit sur leur intelligence, soit sur leur effort, puis affrontent des problèmes nettement plus difficiles.
Après l'échec, les enfants complimentés sur leur intelligence persistent moins, déclarent moins de plaisir et réussissent moins bien une dernière série. Ceux complimentés sur leur effort montrent le profil inverse sur ces mêmes mesures.
L'une des études ajoutait une mesure inattendue : invités à communiquer leur score à des élèves d'une autre école, les enfants complimentés sur leur intelligence étaient plus nombreux à l'exagérer. Ce détail a beaucoup contribué à la diffusion du résultat hors du champ académique.
Le mécanisme proposé
L'interprétation des auteurs s'appuie sur la distinction, développée par Carol Dweck, entre une conception de l'intelligence comme capacité fixe et une conception comme capacité qui se développe. Un compliment sur l'intelligence orienterait l'enfant vers la première.
Dans ce cadre, un échec ultérieur devient une information sur une capacité jugée stable, ce qui rendrait l'abandon plus probable. Le compliment sur l'effort rattacherait au contraire la réussite et l'échec à une variable que l'enfant contrôle.
Les observations en famille
Une étude longitudinale conduite par Elizabeth Gunderson, Susan Levine et leurs collègues a enregistré des parents et leurs enfants entre un et trois ans. La part de compliments portant sur le processus était associée, plusieurs années plus tard, à une conception plus malléable des capacités chez l'enfant.
Le résultat est corrélationnel. Les parents qui emploient davantage ce type de compliment diffèrent probablement sur d'autres dimensions, ce que l'enregistrement ne permet pas de séparer.
Ce que les synthèses ont trouvé
Deux méta-analyses publiées en 2018 par Victoria Sisk et ses collègues trouvent une association faible entre conception des capacités et résultats scolaires, et des effets moyens très faibles des interventions visant à modifier cette conception.
Ces synthèses ne portent pas toutes sur le compliment lui-même : elles évaluent surtout la conception des capacités, que le compliment est supposé influencer. Le maillon entre la forme du compliment et cette conception repose principalement sur des expériences de laboratoire et sur des observations corrélationnelles.
Une étude nationale américaine publiée en 2019, à partir d'une intervention brève en ligne, trouve un effet faible sur les notes, concentré chez les élèves aux résultats les plus bas. Par ailleurs, au moins une tentative de réplication directe des expériences de 1998 n'a pas retrouvé leurs effets.
Ce qui reste établi
Le mécanisme décrit n'a pas disparu, mais son ampleur hors du laboratoire est bien inférieure à ce que la diffusion du résultat laissait entendre. Il s'agit d'un effet modeste et variable selon les populations, non d'un levier général.
Le cas illustre une trajectoire fréquente : une expérience nette, une large diffusion, puis des études de plus grande taille qui confirment le sens de l'effet en réduisant fortement son importance.
À retenir
Les expériences de 1998 opposent compliment sur l'intelligence et compliment sur l'effort, avec des effets nets en laboratoire.
Les méta-analyses de 2018 trouvent des associations et des effets d'intervention très faibles en moyenne.
L'effet subsiste dans certaines populations, mais à une échelle bien inférieure à sa réputation.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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