Civix Institute
Retour à la revue
Attentes et malentendus

Dire ou montrer : deux langues de l'attachement

L'un attend des mots, l'autre en produit peu et compense par des actes. Les deux sont attachés de la même façon, et chacun trouve l'autre distant.

Par J. Carel, Attachement et liens durablesPublié le 2 min

Un désaccord sur la preuve

Deux personnes peuvent éprouver la même chose et se reprocher mutuellement de ne pas le montrer. Ce n'est pas un paradoxe : elles ne se sont pas accordées sur ce qui compte comme preuve. Pour l'une, l'attachement se dit ; pour l'autre, il se voit dans ce qui est fait.

Le reproche prend alors une forme reconnaissable. Tu ne me dis jamais rien, d'un côté. J'en fais pourtant tous les jours, de l'autre. Les deux sont exacts, et aucun ne répond à l'autre.

La pudeur n'est pas la tiédeur

La réserve dans l'expression est régulièrement lue comme une moindre intensité du sentiment, alors qu'elle décrit un mode d'expression. Certaines personnes ont grandi dans un environnement où l'on ne nommait pas ce que l'on ressentait, d'autres éprouvent de la gêne à formuler ce qui les engage, d'autres encore trouvent les mots imprécis et s'en méfient.

Cette réserve a un coût, qui n'est pas celui qu'on croit. Il ne pèse pas sur celui qui se tait, mais sur celui qui attend : ne recevant pas le signal qu'il cherche, il conclut à l'absence de ce que le signal désignait.

L'effusion n'est pas une exigence

Inversement, le besoin d'entendre est fréquemment traité comme une demande excessive, voire une faiblesse. Il n'a rien d'excessif : pour qui fonctionne ainsi, nommer fait partie du sentiment, et le silence produit un doute réel, pas une coquetterie.

Cette dissymétrie de jugement mérite d'être notée. La discrétion passe volontiers pour de la solidité, la demande de mots pour de l'insécurité, alors que rien n'établit une hiérarchie entre les deux fonctionnements.

Traduire plutôt que convertir

Le réflexe habituel consiste à demander à l'autre de changer de langue. Il fonctionne mal, parce qu'un mot prononcé par obligation ne produit pas l'effet attendu, et qu'un geste accompli sans y penser ne se remarque pas davantage.

L'opération qui fonctionne est plus modeste : apprendre à lire ce que l'autre produit déjà. Reconnaître qu'un plein d'essence fait sans qu'on le demande dit quelque chose, ou qu'une phrase répétée n'est pas une formule vide, coûte moins cher qu'une conversion et donne davantage.

Ce qui reste à négocier

Traduire ne suffit pas toujours. Certains besoins ne se satisfont pas par équivalence : celui qui a besoin d'entendre ne se contentera pas indéfiniment d'être bien traité, et celui qui n'y parvient pas ne pourra pas produire indéfiniment ce qui lui coûte.

La discussion utile ne porte donc pas sur qui a raison, question sans réponse, mais sur ce que chacun peut faire sans se contrefaire, et sur ce qu'il ne pourra pas faire. C'est une négociation banale, et elle est possible dès lors qu'aucun des deux registres n'est traité comme le bon.

À retenir

Réserve et effusion sont deux modes d'expression de l'attachement, pas deux niveaux d'attachement.

Le coût de la réserve pèse sur celui qui attend le signal, non sur celui qui se tait.

Apprendre à lire ce que l'autre produit déjà coûte moins cher que lui demander de changer de langue, mais ne règle pas tout.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →