Civix Institute
Retour à la revue
Grandir

Les courbes de croissance, une norme ou une description

Les carnets de santé français ont changé de courbes en 2018. Le débat porte sur une distinction technique aux conséquences très concrètes.

Par F. Aubry, Développement de l'enfantPublié le 3 min

Deux façons de construire une courbe

Une courbe de référence décrit la croissance observée dans une population donnée, telle qu'elle est. Une courbe standard décrit la croissance observée dans des conditions jugées favorables, et fonctionne donc comme une norme.

L'Organisation mondiale de la santé a publié en 2006 des courbes du second type, construites à partir d'un échantillon multipays d'enfants élevés dans des conditions définies par le protocole. Les courbes antérieures, elles, décrivaient des populations telles qu'elles étaient. Ces conditions comprenaient notamment l'absence de tabagisme maternel et un allaitement conforme aux recommandations de l'organisation.

Le changement français

Les carnets de santé français ont longtemps utilisé des courbes issues d'une population française des années 1950 et 1970. De nouvelles courbes, construites sur des données françaises récentes, ont été introduites en 2018. Elles ont été établies à partir de mesures recueillies lors de consultations ordinaires, ce qui a permis de disposer d'un très grand nombre d'observations.

Le choix de ne pas adopter intégralement les courbes de l'OMS a été discuté. Ses défenseurs invoquent l'adéquation à la population suivie, ses critiques l'intérêt d'une norme internationale commune. Le débat n'oppose pas une bonne et une mauvaise courbe, mais deux usages : décrire la population suivie, ou la rapporter à une norme commune.

Ce qu'un percentile signifie

Un percentile situe un enfant par rapport à une distribution, pas par rapport à un idéal. Par construction, une part fixe des enfants se trouve sous le troisième percentile, quelle que soit la santé de la population. La taille des parents fait d'ailleurs partie des éléments pris en compte pour interpréter une position, ce qui illustre qu'un percentile n'est jamais lu isolément.

La lecture clinique porte donc moins sur la position que sur la trajectoire : un changement de couloir, c'est-à-dire un décrochage par rapport à la courbe suivie jusque-là, est l'information que le suivi cherche à produire.

Le poids de la référence choisie

Le passage d'une référence à une autre modifie mécaniquement le nombre d'enfants classés en dessous d'un seuil, sans qu'aucun enfant n'ait changé. Ce point a été documenté lors des transitions de courbes dans plusieurs pays. Le phénomène est arithmétique : si la nouvelle distribution est décalée, un même enfant change de percentile sans avoir grandi ni grossi différemment.

Les conséquences sont concrètes : orientation vers un examen complémentaire, prescription d'un suivi, estimation de la prévalence du surpoids ou de l'insuffisance pondérale dans les statistiques publiques.

Les limites de l'indice de masse corporelle

Chez l'enfant, cet indice varie fortement avec l'âge, ce qui impose des courbes spécifiques et interdit l'usage des seuils adultes. Il diminue au cours de la petite enfance avant de remonter, et le moment de cette remontée, appelé rebond d'adiposité, a lui-même fait l'objet de nombreux travaux.

Il ne distingue pas la composition corporelle, limite connue et rappelée dans les documents de référence, ce qui explique qu'il soit présenté comme un outil de dépistage de population plutôt que comme une mesure individuelle.

À retenir

Une courbe de référence décrit une population, une courbe standard décrit des conditions jugées favorables.

Un percentile situe dans une distribution : une part fixe d'enfants se trouve toujours sous les seuils bas.

Changer de référence modifie le nombre d'enfants classés sous un seuil sans qu'aucun enfant ait changé.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →