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Méthode et mesure

Comment une question mal formulée fabrique une opinion

Une question peut produire la réponse qu'elle attend sans que personne n'ait triché. Voici les défauts qui suffisent à créer une opinion de toutes pièces.

Par C. Broussard, Conception des questionnairesPublié le Mis à jour le 2 min

Le présupposé

Une question qui contient une affirmation non discutée oblige à l'accepter pour pouvoir répondre. Demander si l'on approuve la manière dont un problème est traité suppose que le problème existe et qu'il est traité, deux points sur lesquels la personne n'a pas été consultée.

Le présupposé est d'autant plus efficace qu'il est banal. Personne ne songe à contester une prémisse énoncée en passant, et la réponse obtenue vaudra ensuite comme preuve que la prémisse était partagée.

La double question

Elle réunit deux idées dans le même item, par exemple une valeur générale et un moyen particulier. La personne qui approuve la première mais rejette le second ne peut plus répondre correctement, et son choix devient arbitraire.

Le résultat est ininterprétable tout en paraissant net, ce qui en fait le défaut le plus dangereux : rien dans le chiffre final ne signale l'ambiguïté. Le repère est simple : si un item contient « et » ou « afin de », il faut vérifier qu'on ne mesure pas deux choses.

Le mot chargé

Certains termes portent une évaluation avant tout débat : gaspillage, laxisme, matraquage, mais aussi progrès, modernisation ou bon sens. Un item qui en contient un mesure l'attirance ou la répulsion pour le mot autant que la position sur la question.

L'effet est mesurable et parfois considérable : sur des questions politiques, remplacer un terme par un synonyme moins chargé déplace les réponses de plusieurs points. C'est pourquoi comparer deux enquêtes sans comparer leurs libellés n'a pas de sens.

L'ancrage et l'ordre

Un montant cité avant la question influence les évaluations suivantes, même quand il est manifestement arbitraire. Ce phénomène d'ancrage, largement documenté, s'applique aux prix comme aux quantités et aux durées.

L'ordre agit autrement : un item placé après un item émotionnellement fort ne reçoit pas les mêmes réponses qu'isolé, et une question générale posée après plusieurs questions précises hérite de leur cadrage. La rotation de l'ordre entre répondants est la parade habituelle.

Ce qu'une formulation propre exige

Une idée par item, un vocabulaire descriptif plutôt qu'évaluatif, une situation concrète plutôt qu'un grand principe, et les deux versants de la question formulés avec le même soin. Ces règles sont simples à énoncer et exigeantes à appliquer, parce que la formulation la plus naturelle est presque toujours orientée.

Le test qu'un rédacteur peut s'imposer est le suivant : la personne qui pense l'inverse de moi trouverait-elle cet item juste et répondable ? Si la réponse est non, l'item mesurera l'adhésion à ma manière de poser la question, et rien d'autre.

Pour un lecteur, la contrepartie est un réflexe unique : chercher le libellé exact avant de commenter un chiffre. Quand il n'est pas publié, c'est en soi une information sur le sérieux de l'enquête.

À retenir

Présupposé et double question rendent les réponses ininterprétables tout en paraissant nettes.

Les mots évaluatifs mesurent l'attirance pour le vocabulaire, et déplacent les réponses de plusieurs points.

L'ancrage et l'ordre des questions produisent des effets documentés, corrigés par la rotation des items.

Un bon item est répondable sans gêne par quelqu'un qui pense l'inverse du rédacteur.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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