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Parcours et statuts

Le chômage de longue durée, et l'effet de la durée elle-même

Plus une période sans emploi se prolonge, plus la probabilité d'en sortir diminue. Séparer la sélection de l'effet propre de la durée a demandé des protocoles particuliers.

Par R. Bassot, Parcours professionnels et statutsPublié le 2 min

Le constat statistique

Les taux de sortie du chômage décroissent avec la durée déjà écoulée. Ce fait est observé dans tous les pays disposant de données longitudinales sur les trajectoires. Par convention internationale, le chômage est dit de longue durée au-delà d'un an.

Deux explications produisent la même courbe. La sélection : les personnes les plus employables sortent en premier, et celles qui restent diffèrent par des caractéristiques non observées. L'effet de durée : la durée elle-même réduit les chances, par perte de compétences, par découragement ou par signal envoyé aux employeurs.

Les économistes ont formalisé ce problème d'identification dès les années 1980, notamment James Heckman et George Borjas. Avec les seules données d'observation, les deux mécanismes sont très difficiles à séparer, et c'est ce qui a conduit à chercher des protocoles expérimentaux.

Le protocole d'envoi de candidatures

Une expérience publiée en 2013 par Kory Kroft, Fabian Lange et Matthew Notowidigdo consiste à envoyer des candidatures fictives identiques à l'exception de la durée d'inactivité déclarée.

Le taux de réponse décroît avec cette durée, ce qui isole un effet de signal, indépendant de toute différence réelle entre les candidats. L'effet mesuré s'atténue au-delà d'un certain seuil de durée. Le protocole mesure les rappels pour entretien, non les embauches, et il ne dit rien des deux autres mécanismes, perte de compétences et découragement.

Les conséquences pour les dispositifs

L'existence d'un effet propre de la durée justifie une intervention précoce plutôt que tardive, argument repris dans la conception de la plupart des dispositifs d'accompagnement européens.

Les évaluations de ces dispositifs trouvent des effets plus nets sur l'accompagnement intensif précoce que sur les formations longues engagées tardivement, résultat cohérent avec le mécanisme identifié. L'argument a une limite symétrique : intervenir tôt mobilise des moyens pour des personnes dont une partie aurait retrouvé un emploi sans aide.

Le problème de la mesure de la durée

La durée est comptée à partir de l'inscription ou de la dernière période d'emploi selon les sources, et une reprise d'activité brève remet parfois le compteur à zéro. Les sources administratives, fondées sur l'inscription auprès du service public de l'emploi, et les enquêtes fondées sur la définition du Bureau international du travail n'obéissent pas aux mêmes règles.

Ces conventions affectent directement les effectifs comptabilisés comme chômeurs de longue durée, et rendent les comparaisons entre pays plus fragiles que les taux globaux.

Ce que la conjoncture change

La part des chômeurs de longue durée augmente mécaniquement dans les années qui suivent une récession, même lorsque les entrées au chômage ont cessé d'augmenter.

Cette inertie est une propriété arithmétique du stock et non un signal de dégradation supplémentaire, distinction rarement faite dans les commentaires de conjoncture. Elle rejoint toutefois la notion d'hystérèse, proposée par Olivier Blanchard et Lawrence Summers en 1986, selon laquelle un chômage prolongé peut durablement relever le niveau de chômage d'une économie.

À retenir

Sélection et effet propre de la durée produisent la même courbe de sortie décroissante.

L'envoi de candidatures fictives isole un effet de signal lié à la durée déclarée.

La part des chômeurs de longue durée augmente mécaniquement après une récession.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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