Civix Institute
Retour à la revue
Travaux et méthodes

Ce que la crise de réplication a changé

Depuis une quinzaine d'années, la psychologie a découvert qu'une part de ses résultats les plus célèbres ne se reproduisait pas. Le domaine des émotions y a laissé plusieurs classiques.

Par V. Lasserre, Psychométrie et validité des mesuresPublié le 2 min

Le constat

À partir de 2011, plusieurs initiatives collectives ont tenté de reproduire des expériences publiées dans les grandes revues de psychologie, avec des protocoles annoncés à l'avance et des effectifs supérieurs aux originaux. Une part importante des résultats n'a pas été retrouvée, ou l'a été avec un effet nettement plus faible.

Le problème n'est pas la fraude, qui reste marginale. Il tient à des pratiques longtemps ordinaires : petits échantillons, analyses décidées après avoir vu les données, publication préférentielle des résultats positifs.

Les classiques touchés

L'expérience du stylo tenu entre les dents, publiée en 1988 et censée montrer que la position du visage influence l'humeur, n'a pas été reproduite lors d'une tentative coordonnée entre dix-sept laboratoires en 2016. Une étude collaborative internationale ultérieure a retrouvé un effet léger avec d'autres procédures : effet probablement réel, très petit, sensible aux détails.

Les postures de pouvoir, présentées en 2010 comme modifiant les hormones et la prise de risque, n'ont pas résisté aux réplications. En 2016, l'une des autrices de l'étude d'origine a publiquement déclaré ne plus croire à l'effet.

Le cas de l'imagerie

L'imagerie cérébrale a connu sa propre remise en ordre. Une démonstration restée célèbre, présentée en 2009, appliquait les corrections statistiques alors courantes à un scanner de saumon mort et obtenait une activation significative, pour illustrer le problème des comparaisons multiples.

Un article publié en 2022 a ajouté une contrainte plus lourde : établir une association fiable entre une mesure d'imagerie et un trait individuel exigerait des échantillons de plusieurs milliers de personnes, quand la littérature publiée repose souvent sur quelques dizaines.

Ce qui a été mis en place

Les réponses collectives sont concrètes : enregistrement des protocoles avant recueil des données, publication des données brutes, réplications multi-laboratoires, revues acceptant un article sur la seule qualité de son protocole avant de connaître les résultats.

Ces pratiques changent la nature de ce qui est publié. Elles produisent moins de résultats spectaculaires, davantage d'effets nuls, et rendent le domaine moins commode pour qui cherche une accroche.

Comment lire un résultat aujourd'hui

Quelques questions suffisent à trier. Combien de participants ? Le protocole était-il annoncé avant ? Le résultat a-t-il été reproduit par une autre équipe ? L'effet est-il grand ou seulement significatif, ce qui n'est pas la même chose ?

Un résultat unique, obtenu sur quarante personnes, publié il y a vingt ans et jamais reproduit, peut être vrai. Il ne fournit simplement pas une base suffisante pour affirmer quoi que ce soit devant un public, et encore moins pour vendre une formation.

À retenir

Une part importante des résultats classiques de psychologie ne s'est pas reproduite, sans qu'il y ait fraude.

L'hypothèse du retour facial et les postures de pouvoir figurent parmi les cas les plus documentés.

Effectif, protocole annoncé à l'avance et réplication indépendante sont les trois questions à poser devant un résultat.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →