Les relations entre générations, hors de la famille
Les réseaux personnels sont fortement homogènes en âge. Les relations qui franchissent cette barrière ont des propriétés particulières et sont peu étudiées.
L'homophilie d'âge
L'âge figure parmi les dimensions où l'homophilie mesurée est la plus forte, comparable à celle du niveau de diplôme. Les réseaux personnels sont composés très majoritairement de personnes de la même tranche d'âge. La revue de Miller McPherson, Lynn Smith-Lovin et James Cook publiée en 2001 la range parmi les formes d'homophilie les mieux documentées.
Cette concentration est en grande partie induite par les institutions : classes d'âge à l'école, cohortes d'entrée dans l'emploi, activités segmentées par âge. Elle n'a pas besoin d'une préférence pour se produire. Gunhild Hagestad et Peter Uhlenberg ont décrit en 2005 cette séparation institutionnelle des âges, produite par l'organisation même des parcours de vie.
Les contextes qui mélangent
Les lieux de travail, les activités associatives et les engagements collectifs sont les principaux contextes où des personnes d'âges éloignés se fréquentent régulièrement hors de la famille.
Les enquêtes retrouvent que ces contextes produisent des relations durables moins souvent que les contextes homogènes en âge, la différence tenant en partie à la divergence des calendriers de vie. Une personne de vingt-cinq ans et une autre de soixante ne traversent pas les mêmes étapes au même moment.
Ce que ces relations apportent
Les travaux sur l'accès à l'information et sur l'insertion professionnelle retrouvent un rôle des relations avec des personnes plus âgées, qui occupent des positions différentes et détiennent une information non redondante.
Ce raisonnement est celui des liens faibles, formulé par Mark Granovetter en 1973 : l'utilité ne tient pas à l'intensité de la relation mais à la distance entre les positions occupées.
Le bénéfice n'est pas à sens unique. Les plus âgés y trouvent aussi un accès à des usages, des savoirs et des réseaux qui leur resteraient étrangers, même si cette direction de l'échange est moins souvent mesurée.
Les dispositifs qui les organisent
Le mentorat, la cohabitation intergénérationnelle et les dispositifs de bénévolat organisent délibérément ces rencontres. Les évaluations disponibles portent principalement sur des programmes de mentorat scolaire. En France, la cohabitation intergénérationnelle solidaire a reçu un cadre légal en 2018 avec la loi ELAN.
Ces évaluations trouvent des effets modestes sur les indicateurs mesurés, plus nets sur la participation et l'assiduité que sur les résultats scolaires, avec une forte dépendance à la durée et à la stabilité de la relation.
Ce qui manque
Les enquêtes sur les réseaux personnels codent rarement l'âge des personnes citées, ce qui rend la mesure de ces relations difficile à l'échelle d'une population. Elles demandent l'âge de l'enquêté, rarement celui de ses relations.
Les travaux existants portent donc surtout sur des dispositifs organisés, population particulière, ce qui ne renseigne pas sur les relations intergénérationnelles ordinaires. Elles laissent dans l'ombre les amitiés nées d'un voisinage, d'un loisir ou d'un ancien lien professionnel, dont la fréquence reste inconnue.
À retenir
L'homophilie d'âge est l'une des plus fortes, et elle est largement induite par les institutions.
Les relations avec des personnes d'âges éloignés apportent une information moins redondante.
Les enquêtes codent rarement l'âge des personnes citées, ce qui limite la mesure de ces relations.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
Et vous, où vous situez-vous ?
Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.
Commencer mon test