Civix Institute
Retour à la revue
Amitié et société

Les groupes d'adolescents, ce que les enquêtes en classe montrent

La sociométrie scolaire produit des cartes précises des relations entre élèves. Elles contredisent plusieurs idées reçues sur la popularité.

Par C. Esteban, Amitié, âges et parcours de viePublié le 2 min

La méthode

Les enquêtes par nomination demandent à chaque élève d'une classe ou d'un établissement de citer des camarades selon différents critères. Elles produisent un graphe complet de la population interrogée, héritier de la sociométrie que Jacob Moreno avait développée dans les années 1930.

Cette exhaustivité les distingue des enquêtes ordinaires : on dispose à la fois des déclarations et de leur réciprocité, ce qui permet de mesurer des positions structurales et non seulement des opinions.

Le dispositif a changé d'échelle avec les grandes enquêtes longitudinales, comme l'étude américaine Add Health lancée au milieu des années 1990, qui a recueilli les nominations de dizaines de milliers d'élèves dans de nombreux établissements et suivi une partie d'entre eux jusqu'à l'âge adulte.

Deux popularités distinctes

La littérature distingue la popularité sociométrique, mesurée par le nombre de camarades qui déclarent apprécier la personne, et la popularité perçue, mesurée par la question de savoir qui est considéré comme populaire.

Les deux ne coïncident pas. Plusieurs travaux, notamment ceux d'Antonius Cillessen et Amanda Rose, montrent que la seconde est associée à des conduites dominantes qui réduisent la première. Un élève très visible peut ainsi être peu cité comme ami, et un élève discret être apprécié de beaucoup.

L'influence des pairs

Les analyses de réseau trouvent des ressemblances entre amis sur de nombreuses conduites. Attribuer ces ressemblances à une influence suppose d'écarter la sélection : on se lie avec qui nous ressemble déjà. Les deux mécanismes jouent souvent en même temps et se renforcent.

Les travaux qui exploitent des affectations non choisies, notamment en internat ou par tirage de colocataires, comme l'étude de Bruce Sacerdote publiée en 2001 sur des étudiants dont les chambrées avaient été attribuées au hasard, trouvent des effets d'influence réels mais bien plus faibles que les ressemblances brutes.

Ce que les enquêtes captent mal

La nomination porte sur les camarades de l'établissement, ce qui exclut les relations extérieures. Une part de la sociabilité adolescente échappe donc au dispositif, en particulier les relations en ligne, celles du quartier, des activités sportives ou de la famille élargie.

S'y ajoute que l'établissement contraint fortement les possibilités : une carte de relations en classe mesure autant l'affectation scolaire que les préférences. Un élève peu cité en classe peut avoir l'essentiel de ses relations ailleurs, ce que le graphe ne montre pas.

Le statut isolé

Les enquêtes distinguent les élèves rejetés, cités négativement, des élèves négligés, simplement peu cités. La classification proposée par John Coie, Kenneth Dodge et Heide Coppotelli en 1982 a installé cette distinction. Les deux situations sont associées à des trajectoires différentes dans les travaux de suivi.

Cette distinction est régulièrement perdue dans les reprises, qui traitent les deux comme une seule catégorie alors que les recherches les séparent explicitement depuis les années 1980. Être peu cité par les camarades d'une classe donnée décrit une position dans un graphe, et non une caractéristique de la personne.

À retenir

Popularité sociométrique et popularité perçue ne désignent pas les mêmes élèves.

Les ressemblances entre amis mélangent influence et sélection ; les affectations non choisies séparent les deux.

Les élèves rejetés et les élèves négligés constituent deux situations distinctes.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →