Le veuvage, une transition étudiée de près
Le décès du conjoint est l'une des transitions les plus étudiées par la recherche sur les parcours de vie. Les enquêtes y décrivent une recomposition des relations plutôt qu'un simple retrait.
Un calendrier très inégal
Le veuvage survient le plus souvent à un âge avancé et touche davantage les femmes, en raison de l'écart d'espérance de vie et de l'écart d'âge habituel entre conjoints. Les populations étudiées sont donc majoritairement féminines, ce qui limite la portée des résultats pour les hommes.
Le moment compte aussi. Un veuvage précoce se produit dans un entourage qui n'y est pas confronté, alors qu'un veuvage tardif s'inscrit dans une génération où la situation est partagée par d'autres. Les deux expériences relationnelles diffèrent nettement, et les enquêtes, centrées sur les âges élevés, renseignent surtout la seconde.
Les premiers travaux
Helena Znaniecka Lopata a consacré au veuvage des enquêtes conduites à Chicago et publiées à partir des années 1970. Elles décrivaient déjà la diversité des réorganisations : certaines femmes se tournaient vers leurs enfants, d'autres vers des amies, d'autres vers des associations ou vers l'emploi.
Ces travaux insistaient sur un point repris ensuite : une partie de la sociabilité d'un couple est organisée à deux, avec d'autres couples, et cette part se transforme quand l'un des deux disparaît, sans que les relations propres à chacun connaissent le même sort.
Ce que les suivis longitudinaux montrent
Les enquêtes qui suivent les mêmes personnes avant et après le décès du conjoint retrouvent souvent une augmentation des contacts avec la famille et les amis dans la période qui suit, puis un retour progressif vers les niveaux antérieurs. Le schéma décrit est celui d'une mobilisation temporaire de l'entourage.
Plusieurs travaux retrouvent aussi une participation sociale, visites, activités associatives, qui ne baisse pas et augmente parfois dans les années suivantes, en particulier chez les femmes. Ce résultat contredit l'image d'un retrait généralisé, sans dire ce qu'il recouvre pour chacun.
L'asymétrie entre femmes et hommes
Les enquêtes décrivent fréquemment une organisation genrée de la sociabilité conjugale, l'entretien des liens familiaux et amicaux étant plus souvent assuré par les femmes. Après le décès d'une épouse, une partie des liens qu'elle entretenait se distend plus facilement.
Cette asymétrie tient à une répartition des rôles observée dans des générations précises. Sa persistance dans les générations plus récentes, où cette répartition a évolué, n'est pas établie, et les comparaisons entre cohortes restent rares.
Les limites de ces résultats
Les situations de veuvage sont très hétérogènes : la durée de la maladie qui a précédé le décès, la santé du conjoint survivant et ses ressources diffèrent fortement. Un veuvage qui suit une longue période d'aide à un conjoint malade intervient dans des relations déjà réorganisées.
Les enquêtes captent enfin mal la remise en couple et les relations nouvelles qui ne prennent pas cette forme. Le veuvage reste ainsi mieux décrit dans ses premières années que sur la durée, alors que la période qui suit peut couvrir une longue partie de la vie.
À retenir
Le veuvage touche surtout des femmes âgées, ce qui oriente les populations étudiées.
Les suivis décrivent une mobilisation temporaire de l'entourage et une participation sociale qui ne baisse pas forcément.
L'asymétrie entre femmes et hommes tient à une répartition des rôles propre à certaines générations.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
Et vous, où vous situez-vous ?
Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.
Commencer mon test