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Le lien

Quand l'un des deux traverse une période difficile

Le soutien est rarement ce qu'on croit. Une part de ce qui est offert avec les meilleures intentions produit l'effet inverse de celui recherché.

Par P. Lefèvre, Histoire des sensibilitésPublié le 2 min

Une asymétrie temporaire

Deuil, perte d'emploi, maladie d'un proche, épuisement : toute relation longue traverse des périodes où l'un des deux n'est plus en mesure de tenir sa part. L'asymétrie est alors la situation normale, et non un déséquilibre à corriger immédiatement.

La difficulté ne vient pas de l'asymétrie mais de sa durée indéterminée. Personne ne sait combien de temps elle durera, et c'est cette incertitude, plus que la charge elle-même, qui pèse sur celui qui soutient.

Le soutien qui rate

Trois formes de soutien produisent régulièrement l'effet inverse de celui recherché. La relativisation, qui compare la situation à pire et donne à entendre que la réaction est excessive. La solution immédiate, qui répond à une expression de détresse par un plan d'action. Et l'optimisme obligatoire, qui interdit d'exprimer ce qui va mal.

Ces trois formes ont en commun d'être offertes avec de bonnes intentions et de refuser implicitement la situation telle qu'elle est décrite. Ce qu'elles produisent est un isolement supplémentaire, puisque la personne apprend qu'il vaut mieux ne rien dire.

Le soutien invisible

Une distinction issue de la recherche sur le soutien social mérite d'être connue : le soutien le plus efficace est souvent celui qui n'est pas perçu comme tel par celui qui le reçoit. Recevoir une aide explicite peut rappeler que l'on n'y arrive pas seul, ce qui ajoute une atteinte à la difficulté.

Concrètement, une tâche accomplie sans annonce pèse moins qu'une tâche accomplie avec la mention qu'on l'a faite. La différence est mince et documentée, et elle contredit l'idée qu'il faudrait rendre son aide visible pour qu'elle compte.

Celui qui soutient

Le point le plus souvent omis concerne l'autre côté. Soutenir sur une longue période produit une fatigue réelle, et celle-ci s'accompagne fréquemment d'un sentiment de culpabilité, puisque la personne en difficulté est celle dont on s'occupe.

Cette fatigue non exprimée sort ailleurs, sous forme d'irritation sur des sujets sans rapport. C'est l'un des mécanismes par lesquels une période difficile abîme une relation qui aurait pu la traverser.

Ce qui aide, modestement

Deux choses ressortent des travaux disponibles et de la pratique clinique. Demander ce qui aiderait, plutôt que de le deviner, ce qui suppose d'accepter la réponse rien. Et maintenir des espaces où la difficulté n'occupe pas toute la place, non pour la nier mais pour qu'elle ne devienne pas le seul sujet.

Aucune de ces deux propositions n'est spectaculaire, et aucune ne résout la situation qui a créé la difficulté. Elles évitent seulement que la relation devienne une charge supplémentaire pour l'un comme pour l'autre.

À retenir

L'asymétrie est la situation normale pendant une période difficile ; ce qui pèse est son caractère indéterminé, pas la charge elle-même.

Relativiser, proposer des solutions et imposer l'optimisme sont trois formes de soutien qui produisent de l'isolement.

La fatigue de celui qui soutient est réelle, culpabilisante et rarement exprimée, et elle ressort sur des sujets sans rapport.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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