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Chiffres du travail

Les métiers en tension, un indicateur construit

On parle de pénurie dès qu'un employeur peine à recruter. Les statistiques distinguent pourtant les intentions d'embauche, les postes vacants et la tension, qui ne mesurent pas la même chose.

Par N. Ferreira, Statistiques du travailPublié le 2 min

Des intentions déclarées

L'enquête Besoins en main-d'œuvre, conduite chaque année par France Travail, interroge les établissements sur leurs projets de recrutement et sur ceux qu'ils jugent difficiles. Les résultats sont très cités pour désigner les métiers où recruter poserait problème.

Le taux de difficulté publié rapporte les projets jugés difficiles à l'ensemble des projets. Il dépend donc de la perception des employeurs au moment de l'enquête, qui peut évoluer avec le climat général du marché du travail autant qu'avec la situation propre à chaque métier.

Il s'agit pourtant d'intentions déclarées, pas d'embauches réalisées ni de postes restés vacants. Une difficulté anticipée peut ne pas se concrétiser, et un projet peut être abandonné pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les candidats.

Les postes vacants

La mesure des emplois vacants repose sur d'autres enquêtes auprès des entreprises, harmonisées au niveau européen par Eurostat. Un poste est vacant lorsqu'il est libre ou sur le point de l'être et que l'employeur entreprend des démarches actives pour le pourvoir.

Un taux d'emplois vacants élevé peut traduire un manque de candidats, mais aussi une rotation importante : un secteur où les départs sont fréquents a mécaniquement davantage de postes à pourvoir à un instant donné, sans que le recrutement soit nécessairement difficile.

Un indicateur composite

La Dares publie avec France Travail des indicateurs de tension par métier. Leur cœur rapporte les offres d'emploi aux demandeurs d'emploi positionnés sur le même métier, et il est complété par des composantes portant sur l'intensité des embauches, les conditions de travail ou la durabilité des emplois proposés.

Ces compléments permettent de distinguer des situations que le seul rapport confondrait. Un métier peut être en tension parce que les candidats manquent, ou parce que les conditions d'emploi conduisent une partie d'entre eux à ne pas postuler.

Les limites du rapport

Les offres déposées auprès du service public ne représentent qu'une partie du marché, et cette part varie selon les métiers. Les demandeurs inscrits ne couvrent pas non plus toutes les personnes susceptibles d'occuper un poste, notamment celles déjà en emploi.

La nomenclature des métiers pèse aussi sur le résultat. Un découpage fin fait apparaître des tensions locales qu'un regroupement plus large effacerait, et l'inverse, si bien que le classement des métiers dépend en partie de la grille retenue.

Lire une tension

Les économistes rapprochent souvent le taux de vacance et le taux de chômage dans la courbe dite de Beveridge. Un déplacement de cette courbe signale une modification de l'appariement entre offres et candidats, que les indicateurs par métier aident ensuite à localiser.

Une tension mesurée décrit un déséquilibre, sans en donner la cause. La même valeur peut résulter d'un manque de formation, d'un niveau de salaire, d'une localisation ou de conditions de travail, et chaque explication appelle une lecture distincte.

À retenir

Les intentions de recrutement jugées difficiles ne sont ni des embauches ni des postes vacants.

Les indicateurs de tension combinent plusieurs composantes pour séparer des situations différentes.

Une tension mesurée signale un déséquilibre sans en indiquer la cause.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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