Le déclassement, une notion à trois définitions
Selon qu'on compare un diplôme à un poste, un poste à celui de ses parents ou un poste à ses attentes, on ne mesure pas la même chose ni les mêmes personnes.
Le déclassement par rapport au diplôme
La première définition compare le niveau de diplôme au niveau normalement requis pour le poste occupé. Elle produit des taux élevés et dépend entièrement de la table de correspondance retenue entre diplômes et emplois.
Deux familles de méthodes coexistent. L'approche normative s'appuie sur une table établie a priori par des experts ; l'approche statistique considère comme normal le diplôme le plus fréquent dans chaque profession. La seconde suit l'évolution réelle des recrutements, la première peut la contredire.
Ces tables vieillissent : un même intitulé de poste exige aujourd'hui des qualifications différentes de celles d'il y a trente ans, ce qui produit un déclassement mesuré sans changement réel de situation.
Le déclassement intergénérationnel
La deuxième définition compare la position sociale d'une personne à celle de ses parents. Elle relève de la mobilité sociale et se mesure par des tables de destinée dans les enquêtes formation et qualification professionnelle.
Les résultats français montrent une mobilité importante en volume, dont une grande part est structurelle : la déformation de la structure des emplois crée mécaniquement des mouvements, indépendamment de toute fluidité sociale. Les sociologues distinguent donc la mobilité observée de la fluidité, qui mesure les chances relatives à structure donnée.
Le déclassement subjectif
La troisième définition repose sur le sentiment d'occuper un poste inférieur à ce qu'on pouvait attendre. Elle est mesurée par questionnaire et ne coïncide que partiellement avec les deux premières.
Les travaux de Camille Peugny sur ce sujet montrent que le sentiment de déclassement est plus répandu que le déclassement mesuré objectivement, et qu'il dépend fortement du point de comparaison choisi par la personne : ses parents, ses camarades d'études, ou la position qu'elle occupait elle-même quelques années plus tôt.
Le rôle de la génération
L'élévation du niveau de diplôme a été plus rapide que celle de la structure des emplois sur plusieurs décennies, ce qui produit une dévaluation relative des titres à structure d'emploi constante.
Ce mécanisme est documenté et il explique une part du décalage entre les attentes formées pendant les études et les positions effectivement disponibles à la sortie. Marie Duru-Bellat l'a analysé sous le nom d'inflation scolaire, en insistant sur la valeur relative des titres plutôt que sur leur contenu.
La thèse a ses contradicteurs. D'autres travaux soulignent que le diplôme continue de protéger contre le chômage et de différencier les salaires, ce qui indique qu'il garde une valeur absolue même lorsque sa valeur relative diminue.
Pourquoi les chiffres divergent
Les trois définitions ne classent pas les mêmes personnes, et les taux publiés varient du simple au triple selon celle qui est retenue. Une personne peut être déclassée au sens du diplôme sans l'être par rapport à ses parents, et inversement.
Un débat public qui ne précise pas la définition employée aligne donc des chiffres incomparables, situation fréquente sur ce sujet précis. La question utile n'est pas de savoir quel chiffre est juste, mais lequel répond à la question posée.
À retenir
Trois définitions coexistent : par rapport au diplôme, aux parents, ou aux attentes.
Le déclassement par rapport au diplôme dépend entièrement de la table de correspondance retenue.
Le sentiment de déclassement est plus répandu que le déclassement mesuré objectivement.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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