Le congé parental, un même mot pour des dispositifs opposés
Comparer la durée des congés entre pays donne des classements qui circulent beaucoup. Ils confondent des droits dont la rémunération, la transférabilité et le taux de recours n'ont rien de commun.
Trois dispositifs à ne pas confondre
Le congé de maternité est lié à l'accouchement et couvert par l'assurance maladie dans la plupart des pays. Le congé de paternité ou du second parent est court et généralement bien rémunéré. Le congé parental est plus long, ouvert aux deux parents, et sa rémunération varie du plein salaire à une allocation forfaitaire faible.
Les classements internationaux additionnent souvent ces trois droits, ce qui place en tête des pays où le congé long est très peu rémunéré et donc peu utilisé au-delà de quelques mois.
Le rôle de la rémunération
Les travaux comparatifs montrent que le taux de recours dépend étroitement du niveau de remplacement du revenu. Un droit long mais faiblement indemnisé est utilisé principalement par le parent dont le revenu est le plus bas, ce qui est le plus souvent la mère.
Ce mécanisme est cité pour expliquer que des droits formellement neutres produisent des usages fortement différenciés selon le sexe, sans qu'aucune règle ne le prescrive.
Les quotas non transférables
L'Islande, la Norvège et la Suède ont introduit à partir des années 1990 des périodes réservées à chaque parent, perdues si elles ne sont pas prises. Les évaluations retrouvent une hausse nette et durable du recours paternel après l'introduction de ces quotas.
Ces périodes sont souvent appelées mois du père, appellation trompeuse puisque la règle s'applique à chacun des deux parents. La Suède a introduit un premier mois réservé en 1995, porté ensuite à deux puis à trois mois.
La directive européenne de 2019 sur l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée a généralisé un principe voisin, en imposant aux États membres deux mois non transférables et un congé de paternité minimal.
Ce que les évaluations trouvent, et ne trouvent pas
Les effets des quotas sur le recours sont parmi les mieux établis de ce champ, parce que les réformes fournissent des ruptures nettes exploitables statistiquement.
Les effets sur le partage durable des tâches domestiques et sur les carrières sont plus incertains : les résultats varient selon les pays, les périodes et les méthodes, et plusieurs études trouvent des effets faibles ou nuls après quelques années.
Le cas français
La France combine un congé de maternité comparable à ses voisins, un congé du second parent allongé en 2021, et une prestation partagée d'éducation de l'enfant dont le montant forfaitaire est faible au regard des salaires.
Le congé du second parent est passé en 2021 de onze à vingt-cinq jours calendaires, dont une partie obligatoire. Cette part obligatoire fait exception dans un système où les autres droits relèvent du choix des parents, et elle a été discutée pour cette raison.
Les bilans publiés depuis la réforme de 2015, qui a introduit une part réservée au second parent, font état d'une baisse du recours total sans hausse notable du recours masculin, résultat qui alimente des lectures opposées.
À retenir
Les classements de durée additionnent des droits dont la rémunération et l'usage sont incomparables.
Le taux de recours suit le niveau de remplacement du revenu, ce qui différencie les usages selon le sexe.
Les quotas non transférables augmentent nettement le recours paternel ; leurs effets sur les carrières restent discutés.
Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.
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