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Entretenir un lien

Les désaccords entre amis, et ce qui suit

La littérature sur la réparation des relations est presque entièrement conjugale ou professionnelle. Ce qui existe sur l'amitié tient en peu de travaux.

Par Y. Moreau, Formation et fin des liensPublié le 2 min

Un déséquilibre de la recherche

Le conflit a été abondamment étudié dans le couple, où il existe des dispositifs d'observation en laboratoire, comme ceux développés par John Gottman et Robert Levenson à partir des années 1980, et dans les organisations, où il a des conséquences mesurables sur la production.

L'amitié n'offre ni l'un ni l'autre : pas de dispositif institutionnel qui justifie l'observation, pas de conséquence économique directe qui finance la recherche. Le champ est donc mince.

Ce que les enquêtes rapportent

Les travaux par questionnaire retrouvent que les désaccords explicites sont moins fréquents entre amis qu'entre conjoints ou collègues, et que l'évitement est la réponse la plus souvent déclarée. Ce que les enquêtes recueillent est donc moins le désaccord que la manière dont il est géré, ou contourné.

L'explication avancée est structurelle : une amitié n'est pas contrainte par un contrat, un logement commun ou une hiérarchie, ce qui rend le retrait moins coûteux que la confrontation. La sortie d'une amitié peut d'ailleurs être progressive et silencieuse, sans moment où elle est décidée, ce qui la rend difficile à observer.

Le rôle de l'engagement

Les travaux sur les relations en général, dont le modèle de l'investissement proposé par Caryl Rusbult en 1980, montrent que la réparation est plus probable là où la sortie est coûteuse. L'amitié, dont la sortie est peu coûteuse, présente donc une probabilité de réparation plus faible.

Ce raisonnement prédit correctement le taux d'extinction élevé observé dans les enquêtes longitudinales, sans qu'il ait été testé directement sur des relations amicales suivies.

Le même courant distingue quatre réponses à l'insatisfaction : partir, en parler, attendre que la situation s'améliore, ou laisser la relation s'éteindre. Seules les deux premières sont actives, et l'évitement déclaré entre amis relève plutôt des deux dernières.

Ce que l'excuse produit

Les travaux expérimentaux sur les excuses, conduits principalement en contexte organisationnel ou conjugal, trouvent des effets sur les intentions déclarées de pardon, modulés par la reconnaissance du tort et par l'absence de justification.

Leur transposition à l'amitié n'a pas été testée, et les mesures employées portent sur des intentions immédiates plutôt que sur la reprise effective de la relation. Entre amis, la réparation peut aussi passer par un geste ou par une simple reprise du contact, formes que les protocoles ne codent pas.

Ce qu'il faut en retenir

L'état des connaissances sur ce point est mince, et la plupart des affirmations disponibles sont des transpositions depuis d'autres types de relations.

Signaler cette minceur est plus utile que la combler par des généralisations, et c'est aussi ce que les revues du domaine font lorsqu'elles abordent la question.

La question elle-même est pourtant ancienne. Aristote, au livre IX de l'Éthique à Nicomaque, se demande déjà s'il faut rompre avec un ami qui a changé, et y répond avec une prudence que les données actuelles ne contredisent pas.

À retenir

Le conflit amical est peu étudié, faute de dispositif d'observation et d'enjeu économique.

L'évitement est la réponse la plus souvent déclarée, cohérent avec un faible coût de sortie.

Les travaux sur les excuses portent sur d'autres relations et n'ont pas été transposés.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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