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Attentes et malentendus

Ce que l'on croit devoir à l'autre

Chaque couple fonctionne sur un contrat que personne n'a écrit ni relu. On en découvre les clauses le jour où l'un des deux les enfreint.

Par P. Lefèvre, Histoire des sensibilitésPublié le 2 min

Un accord jamais négocié

Une relation installe très vite une série d'attentes réciproques : qui prévient quand il rentre tard, qui décide des vacances, ce qu'on peut faire seul, ce qu'on doit annoncer. Presque aucune de ces règles n'a été discutée.

Elles proviennent d'ailleurs : de la famille dont on vient, des relations précédentes, de ce qu'on a vu autour de soi. Chacun les tient pour évidentes, ce qui est la définition même d'une norme, et ne songe donc pas à les énoncer.

La découverte par l'infraction

On n'apprend l'existence d'une clause qu'au moment où elle est enfreinte. Le sentiment qui accompagne cette découverte est disproportionné au fait lui-même, ce qui surprend les deux : l'un parce qu'il n'imaginait pas heurter une règle, l'autre parce qu'il ne savait pas y tenir à ce point.

Cette disproportion est un bon indicateur. Une réaction sans commune mesure avec l'incident signale presque toujours qu'une attente implicite vient d'être touchée, et non que l'incident était grave.

Les clauses les plus fréquentes

Trois familles reviennent. Les règles de disponibilité : à quelle vitesse on répond, ce qui justifie de ne pas répondre. Les règles de représentation : ce qu'on dit de l'autre à des tiers, ce qu'on garde pour soi. Les règles d'autonomie : ce qui se décide seul, ce qui se décide à deux.

Aucune n'a de contenu naturel. Répondre dans l'heure est une évidence pour certains et une contrainte absurde pour d'autres, et les deux positions sont défendables. Ce qui pose problème n'est pas le contenu de la règle, c'est qu'elle n'ait jamais été énoncée.

Le cas des règles héritées

Une part de ces attentes vient du modèle familial, pris comme référence en positif ou en négatif. C'est probablement la source la plus puissante, et la moins examinée, parce qu'elle a été observée depuis la place d'un enfant, qui ne voyait qu'une partie de ce qui se jouait.

Reprendre une règle parce qu'elle a fonctionné chez ses parents, ou en adopter l'inverse pour la même raison, sont deux façons également peu réfléchies de décider. Les nommer ne les invalide pas, mais les rend disponibles à la discussion.

Écrire les clauses

Il ne s'agit pas de rédiger un règlement, exercice aussi absurde qu'inutile. Il s'agit de repérer, après une réaction disproportionnée, quelle attente vient d'être révélée, et de la formuler une fois.

L'effet de cette formulation est modeste et réel. Une règle énoncée peut être acceptée, refusée ou aménagée. Une règle implicite ne peut être qu'enfreinte.

À retenir

Chaque couple fonctionne sur des attentes réciproques héritées d'ailleurs, que personne n'a énoncées.

Une réaction disproportionnée à un incident mineur signale presque toujours qu'une attente implicite a été touchée.

Une règle énoncée peut être acceptée, refusée ou aménagée ; une règle implicite ne peut être qu'enfreinte.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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