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Les cercles

Les relations nées en ligne, vingt ans de résultats

La question de savoir si elles remplacent ou complètent les relations hors ligne a été posée dès les années 1990. Les réponses ont changé deux fois.

Par G. Cazal, Réseaux personnels et sociabilitéPublié le 2 min

Les deux hypothèses initiales

L'hypothèse du déplacement soutenait que le temps passé en ligne se substituerait aux relations existantes. L'hypothèse de la stimulation soutenait l'inverse : les outils permettraient d'entretenir davantage de liens.

Les premières études, à la fin des années 1990, semblaient soutenir la première. Une étude américaine de 1998 conduite par Robert Kraut et ses collègues, rapportant une association entre usage d'internet et isolement, a été largement reprise, avant d'être partiellement contredite par ses propres auteurs lors d'un suivi ultérieur.

Dans le même temps, des enquêtes de terrain décrivaient l'inverse. Le suivi d'un quartier câblé de la banlieue de Toronto par Keith Hampton et Barry Wellman trouvait que les habitants connectés connaissaient davantage leurs voisins que les autres, résultat cohérent avec la seconde hypothèse.

Le déplacement de la question

À mesure que l'usage se généralisait, comparer utilisateurs et non-utilisateurs a cessé d'avoir un sens : les non-utilisateurs sont devenus une population particulière, plus âgée et moins diplômée.

La question s'est donc déplacée vers les types d'usage. Les travaux distinguent désormais l'usage actif, qui consiste à échanger avec des personnes identifiées, de l'usage passif, qui consiste à consulter des contenus. C'est le deuxième changement de réponse annoncé : il ne s'agit plus de savoir si l'on est en ligne, mais de ce que l'on y fait.

Ce que cette distinction donne

Plusieurs travaux trouvent des associations de signes opposés selon le type d'usage, l'usage actif étant associé à un état déclaré plus favorable et l'usage passif à l'inverse.

Ces résultats sont majoritairement corrélationnels, et les quelques expériences disponibles portent sur des durées courtes et des échantillons étudiants, ce qui limite leur portée. Des revues critiques plus récentes discutent la distinction elle-même, en relevant que les mêmes gestes peuvent relever de l'un ou l'autre usage selon les personnes.

Les relations exclusivement en ligne

Les enquêtes retrouvent que les relations nées en ligne migrent souvent vers d'autres canaux, et que celles qui restent exclusivement en ligne sont décrites comme moins proches en moyenne. Malcolm Parks et Kory Floyd l'observaient déjà en 1996 auprès des participants de forums de discussion.

Cette moyenne recouvre des situations très différentes, notamment pour les personnes dont les possibilités de rencontre hors ligne sont contraintes par la santé, la géographie ou l'appartenance à une minorité peu représentée localement. Pour elles, le canal ne dit rien de l'importance du lien.

Ce qui reste difficile à mesurer

Les plateformes disposent de données de contact précises mais ne les publient pas, et les analyses conduites avec leur coopération soulèvent des questions d'indépendance et de consentement.

Les enquêtes indépendantes, elles, reposent sur des usages déclarés dont la concordance avec l'usage enregistré est faible, ce que la méta-analyse de Douglas Parry et ses collègues a établi en 2021. Le champ se trouve ainsi dans une situation inconfortable et durable.

À retenir

Comparer utilisateurs et non-utilisateurs n'a plus de sens, les seconds formant une population particulière.

Les travaux distinguent usage actif et usage passif, associés à des états déclarés opposés.

Les données de contact précises appartiennent aux plateformes et ne sont pas publiées.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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