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Amitié et société

Les réseaux rétrécissent avec l'âge, et pas seulement par contrainte

La baisse du nombre de relations après cinquante ans est constante dans toutes les données. Une théorie soutient qu'elle est en partie choisie.

Par C. Esteban, Amitié, âges et parcours de viePublié le 2 min

Le constat

Toutes les sources concordent : le nombre de relations actives décroît régulièrement à partir du milieu de la vie adulte, dans les enquêtes déclaratives comme dans les données de contact. La méta-analyse de Cornelia Wrzus et ses collègues, publiée en 2013, en fait l'un de ses résultats les plus nets.

La composition change aussi : la part des relations familiales augmente, celle des relations issues du travail diminue, notamment après la fin de l'activité professionnelle.

Robert Kahn et Toni Antonucci ont proposé en 1980 de décrire ces évolutions par l'image du convoi : un ensemble de personnes qui accompagne chacun au long de la vie, dont la composition change tandis qu'un noyau proche se maintient. L'image insiste sur la continuité plus que sur la perte.

La théorie de la sélectivité socioémotionnelle

Laura Carstensen propose à partir des années 1990 que la perception d'un horizon temporel limité modifie les priorités : les objectifs d'acquisition de connaissances cèdent la place à des objectifs de régulation émotionnelle.

Dans cette perspective, le rétrécissement du réseau est en partie une sélection : les relations les moins gratifiantes sont abandonnées, et le temps se concentre sur les plus proches. Les travaux de Frieder Lang et Laura Carstensen trouvent d'ailleurs que la baisse porte surtout sur les relations périphériques, le nombre de proches restant comparable.

Les preuves invoquées

Les travaux qui manipulent expérimentalement l'horizon temporel perçu, en demandant d'imaginer un déménagement lointain ou un temps restreint, retrouvent chez les jeunes adultes des préférences de partenaires proches de celles des personnes âgées.

Ces expériences portent sur des préférences déclarées en situation hypothétique. Elles soutiennent la théorie sans établir que le rétrécissement observé procède du même mécanisme. Le passage d'une préférence exprimée en laboratoire à une composition de réseau observée sur des décennies reste une inférence.

La lecture concurrente

Une explication structurelle rend compte des mêmes données : la disparition des contextes professionnels, la réduction de la mobilité, les problèmes de santé et les décès dans l'entourage réduisent les occasions. Elle n'a besoin d'aucune hypothèse sur les préférences pour produire la courbe observée.

Les deux lectures ne sont pas exclusives. Distinguer leurs parts respectives suppose de comparer des personnes de même âge dont les contraintes diffèrent, ce que peu de travaux permettent.

Ce que les données de bien-être montrent

Les enquêtes trouvent en moyenne une satisfaction relationnelle déclarée qui ne baisse pas avec l'âge, alors que le nombre de relations baisse. Le rapprochement de ces deux courbes est l'un des arguments les plus cités en faveur d'une lecture qui ne fait pas du rétrécissement une dégradation.

Ce résultat est compatible avec la théorie de la sélectivité, sans la démontrer, puisqu'un effet d'adaptation des attentes produirait la même observation. Il pose aussi un problème de survie sélective : les personnes interrogées aux âges élevés ne sont pas un échantillon représentatif de leur génération.

À retenir

Le nombre de relations actives décroît régulièrement à partir du milieu de la vie adulte.

La théorie de la sélectivité socioémotionnelle attribue une part de ce rétrécissement à un choix.

La satisfaction relationnelle déclarée ne baisse pas avec le nombre de relations.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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