Civix Institute
Retour à la revue
Entretenir un lien

Le soutien reçu et le soutien perçu ne prédisent pas la même chose

Compter les aides effectivement reçues et demander si l'on se sent soutenu donnent des résultats divergents. Le paradoxe a une explication.

Par Y. Moreau, Formation et fin des liensPublié le 3 min

Deux mesures distinctes

Le soutien reçu se mesure en demandant quelles aides concrètes une personne a obtenues sur une période donnée : écoute, service rendu, prêt, information. Ces questionnaires dressent un inventaire, dont la fiabilité dépend de la mémoire des répondants et de ce qu'ils rangent sous le mot d'aide.

Le soutien perçu se mesure en demandant si la personne estime pouvoir compter sur son entourage en cas de besoin. Cette seconde mesure ne porte sur aucun événement effectif : elle interroge une attente, formulée en dehors de toute situation particulière.

La distinction n'est pas une subtilité de méthode. Les deux mesures sont rangées sous le même mot dans le langage courant comme dans bien des rapports publics, et ce qui est établi pour l'une est fréquemment présenté comme valant pour l'autre.

Le paradoxe

Les travaux retrouvent régulièrement que le soutien perçu est associé à un meilleur état déclaré, alors que le soutien reçu l'est faiblement, voire négativement dans certaines études.

Ce résultat, décrit notamment dans la revue de Sheldon Cohen et Thomas Wills publiée en 1985 puis dans de nombreuses répliques, a été qualifié de paradoxe du soutien et il est stable entre populations. Il s'agit d'une association, non d'un effet démontré : rien n'y indique dans quel sens va la relation.

Les explications avancées

La première est arithmétique : on reçoit de l'aide quand on en a besoin, donc le soutien reçu est corrélé aux difficultés. La mesure capte la situation avant de capter l'aide. Une personne qui traverse une période difficile cumule davantage d'aides et un état déclaré moins bon, sans que les premières expliquent le second.

La seconde porte sur le coût du soutien reçu : une aide explicite peut signaler une incapacité ou créer une dette. Niall Bolger, Adam Zuckerman et Ronald Kessler ont décrit en 2000 un soutien invisible, plus efficace lorsqu'il n'est pas identifié comme tel par celui qui le reçoit, résultat que plusieurs travaux expérimentaux ont depuis retrouvé.

Ce que le soutien perçu mesure

Il mesure une croyance sur la disponibilité de l'entourage, qui ne concorde que modérément avec l'aide effectivement obtenue lorsqu'un besoin survient. Le décalage n'a rien d'étrange : une croyance de ce genre se forme sur une longue histoire de relations et ne se révise pas à chaque épisode.

Il est aussi associé à des traits stables de la personne, ce qui rend son interprétation délicate : une partie de ce que mesure l'échelle pourrait relever d'une disposition générale plutôt que de l'entourage réel.

La conséquence pour les dispositifs

Les interventions qui augmentent l'aide fournie ne modifient pas mécaniquement le sentiment d'être soutenu, et les évaluations disponibles trouvent des effets dissociés sur les deux mesures.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les évaluations de dispositifs de lutte contre l'isolement produisent des résultats en apparence contradictoires selon l'indicateur retenu.

Le constat ne disqualifie ni l'aide fournie ni les mesures de perception. Il rappelle qu'elles ne répondent pas à la même question, et qu'un bilan fondé sur une seule d'entre elles ne décrit qu'une partie de ce qui a changé.

À retenir

Le soutien reçu est corrélé aux difficultés, ce qui brouille son association avec l'état déclaré.

Le soutien perçu est associé à un meilleur état déclaré mais concorde modérément avec l'aide obtenue.

Augmenter l'aide fournie ne modifie pas mécaniquement le sentiment d'être soutenu.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →