Civix Institute
Retour à la revue
Le lien

Pourquoi les mêmes disputes reviennent

On croit régler un désaccord, il resurgit six mois plus tard, à l'identique. Cette répétition n'est pas un échec : elle est la règle, et elle a été mesurée.

Par H. Sorel, Méthodes des études relationnellesPublié le 3 min

Une observation contre-intuitive

À partir des années 1980, le psychologue américain John Gottman a filmé des milliers de conversations conflictuelles dans un appartement transformé en laboratoire, à l'université de Washington. Le codage image par image de ces échanges a produit un résultat que personne n'attendait.

Dans ses données, environ deux tiers des désaccords conjugaux ne se résolvent jamais. Ils portent sur des différences de rythme, de tempérament, de rapport à la famille ou à l'ordre, et reviennent sous des formes diverses pendant des décennies. Il les appelle des désaccords perpétuels.

Ce que la répétition signifie

Cette proportion change la lecture d'une dispute qui recommence. Elle cesse d'être le signe d'un problème mal traité pour devenir la manifestation ordinaire d'une différence stable entre deux personnes, différence qu'aucune conversation ne fera disparaître.

La conséquence pratique est inattendue : chercher la solution est parfois l'erreur elle-même. Un désaccord perpétuel ne se règle pas, il se maintient dans un état vivable ou il s'enkyste, et c'est cette bifurcation qui distingue les trajectoires observées.

Ce qui use vraiment

Ce que Gottman associe à la dégradation n'est pas la fréquence des désaccords mais la manière dont ils se déroulent. Quatre comportements y reviennent : la critique, qui vise la personne plutôt que le fait, le mépris, qui la rabaisse, l'attitude défensive, qui renvoie la faute, et le retrait, ce mur de silence où l'on cesse de répondre.

Une observation issue des mesures physiologiques mérite d'être signalée, parce qu'elle contredit le sens commun. Celui qui se tait n'est pas indifférent : ses relevés indiquent au contraire une activation intense. Le silence est une saturation, pas un désintérêt.

Le rapport de cinq pour un

Dans les couples qui restent ensemble, Gottman relève pendant un désaccord environ cinq échanges positifs pour un échange négatif : un trait d'humour, un signe d'accord partiel, une question. Chez ceux qui se séparent, le rapport se rapproche de un pour un.

Ce chiffre est souvent cité hors de son cadre, comme s'il valait pour la vie quotidienne. Il porte sur le moment du désaccord, précisément là où ces gestes sont les plus coûteux à produire.

Ce que ces travaux ne permettent pas

Gottman a annoncé des taux de prédiction très élevés, qui ont fait sa réputation. Ils ont été contestés, notamment par Richard Heyman et Amy Slep en 2001 : ses modèles ont souvent été calculés sur les données mêmes dont on connaissait déjà l'issue, ce qui relève de la description après coup et non de la prédiction.

Les comportements décrits, eux, restent solides et reproduits. Ce qui doit être abandonné est l'idée d'un pronostic individuel : savoir qu'un comportement est associé à un risque accru dans une population ne dit rien de ce qu'il adviendra d'un couple donné.

À retenir

Deux tiers des désaccords conjugaux ne se résolvent jamais : la répétition est la règle, pas le signe d'un échec.

Ce qui use n'est pas la fréquence des désaccords mais la forme des échanges, et le retrait silencieux traduit une saturation, non de l'indifférence.

Les taux de prédiction spectaculaires de ces travaux ont été calculés sur les données ayant servi à construire les modèles : les comportements décrits sont solides, le pronostic individuel ne l'est pas.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

Et vous, où vous situez-vous ?

Le test Civix situe vos convictions sur six dimensions et vous rattache à l'un des douze profils, sans jamais vous dire quoi penser.

Commencer mon test
Découvrir les tests →