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Amitié et société

Les différences de sociabilité entre femmes et hommes

Les enquêtes retrouvent des écarts réguliers dans la composition des réseaux et dans la nature des échanges. Leur interprétation est plus disputée que leur existence.

Par C. Esteban, Amitié, âges et parcours de viePublié le 2 min

Ce que les enquêtes mesurent

Les écarts les plus constants portent sur le contenu des échanges : les femmes déclarent en moyenne davantage de conversations portant sur des états personnels, les hommes davantage d'activités partagées. Ce sont des moyennes, et les deux distributions se recouvrent largement : la variation au sein de chaque groupe est plus grande que l'écart qui les sépare.

Les écarts de taille de réseau sont plus faibles et varient selon l'instrument employé, ce qui rend les comparaisons entre enquêtes peu fiables sur ce point précis. Selon la définition retenue, ami proche, confident ou simple relation, l'écart change sensiblement de taille.

La distinction proposée

Une formulation ancienne oppose des relations « face à face », fondées sur le partage verbal, à des relations « côte à côte », fondées sur l'activité commune. Elle a été popularisée dans les années 1980 et reste largement citée, y compris bien au-delà des revues spécialisées.

Cette opposition est critiquée comme une reformulation de stéréotypes, et plusieurs travaux montrent que les mesures employées privilégient un mode d'expression, ce qui produit mécaniquement l'écart observé.

La critique n'abolit pas l'écart, elle en discute l'ampleur et le sens. Les deux lectures s'accordent au moins sur un point : une activité partagée peut porter une proximité aussi réelle qu'une conversation, sans que les questionnaires la saisissent aussi bien.

Ce que la mesure introduit

Les questionnaires de proximité interrogent souvent la fréquence des confidences, critère qui correspond davantage à une norme d'expression qu'à une autre. Une amitié entretenue par des sorties régulières ou des chantiers communs y apparaît moins proche qu'elle ne l'est pour ceux qui la vivent.

Les études qui emploient des mesures de comportement observé plutôt que déclaratif trouvent des écarts plus faibles, ce qui soutient l'hypothèse d'une part de biais d'instrument.

Les variations entre contextes

Les écarts mesurés varient selon les pays, les générations et les milieux, ce qui est difficile à concilier avec une explication purement dispositionnelle. Les historiens de l'amitié rappellent d'ailleurs que bien des correspondances masculines du XIXe siècle employaient un registre affectif que les enquêtes actuelles attribueraient plutôt aux femmes.

Les travaux comparatifs retrouvent des écarts plus faibles dans les générations récentes et dans les milieux où la mixité des contextes professionnels est plus forte, sans qu'une causalité soit établie.

Le cas des relations mixtes

Les enquêtes retrouvent une proportion importante de relations au sein du même sexe, particulièrement à l'enfance et à l'adolescence, où la ségrégation des groupes de pairs est l'un des résultats les plus robustes du champ. Eleanor Maccoby en a proposé une synthèse en 1998, sous le titre The Two Sexes.

À l'âge adulte, la mixité des réseaux augmente et dépend étroitement de la mixité des contextes fréquentés, ce qui relie ce constat à ceux sur l'homophilie induite par l'offre de rencontres. La préférence et l'occasion restent, là encore, difficiles à démêler.

À retenir

Les écarts les plus constants portent sur le contenu des échanges, pas sur la taille des réseaux.

Les mesures déclaratives privilégient un mode d'expression, ce qui amplifie mécaniquement l'écart.

La mixité des réseaux adultes suit étroitement la mixité des contextes fréquentés.

Cet article décrit des mécanismes et des désaccords documentés. Il ne recommande aucune position, aucun parti et aucun vote, et n'engage pas d'autre lecture que celle des travaux qu'il cite.

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